• Expo7 Letu Raymond

     Jean-Louis Letu et Alice Raymond aiment les souvenirs

    Expo7 Letu Raymond

     

    Le regard de Justine Adenis sur cette exposition, film : 3min24s

     

    L'invité et son invitée

     

     J'ai invité Jean-Louis Letu, un artiste très prolifique. Passer du temps dans son atelier, c’est être entouré de centaine de petites têtes modelées, de pierres sculptées, c’est découvrir des recoins remplis de différentes malles et de caisses qui contiennent des centaines de petits tableaux, sur toile, sur bois, des essais d’objets-tableaux perspectifs, des petits théatres miniatures. Jean-louis a toujours peint, c’est un autodidacte. Il est originaire de Pontoise dans le Val d’Oise, pays des peintres. Il a été très influencé pendant 20 ans par son lieu de travail dans la nature : une pépinière. Puis il a découvert l’Aveyron avec ses horizons, ses ciels, sa terre ocre ses pierres et ses genévriers. Ensuite il s’est installé comme Artisan d’Art dans le Sud Ouest et a décoré de nombreuses horloges tout en continuant à peindre.Actuellement Jean-Louis Letu peint surtout des paysages et des lointains souvent par imagination.

    Jean Louis a invité Alice Raymond.

    Alice Raymond est diplômée en arts plastiques à Bordeaux et en science du langage. Sa pratique polymorphe est alternative, avec la production individuelle d’oeuvres de peinture, dessin, photographie et la réalisation de projets basés sur la participation, produisant des ensembles apparentés à une oeuvre collective. De nature itinérante, son travail se construit avec le lieu et la situation dans lesquels elle se trouve. Conditions, environnement et relations humaines sont ainsi les ingrédients de ce travail, clairement axé sur des préoccupations sociales.

    Cette exposition Jean-Louis Letu et Alice Raymond aiment les souvenirs s’est construite sur la rencontre de ces deux artistes.

    Pour la chapelle, Jean-Louis Letu propose de faire un Tour d’horizon, assemblage formel entre ciel et terre lié par la limite du regard. Cette exposition réunie des centaines de petits tableaux de différentes périodes, sans distinction chronologique, sur différents supports et de factures différentesJean-Louis évoque a foison le souvenir des lieux à travers une multitude de petits tableaux : paysage idéal, reconstitution colorée, traversée panoramique dans la périphérie, un dehors dedans.

    Alice assemble au centre un autre lieu, un dedans dedans. Elle emménage un passage entre ses souvenirs et ceux des autres, elle investit la rencontre entre l’intime et le commun avec sa proposition Bazar avec ... 

    L’artiste propose une construction évolutive, à la fois tableau, sculpture, architecture et installation réalisée à partir de matériaux divers et à laquelle vous pouvez tous participer !

    L’individu et le collectif, le don et l’abandon, la construction et l’occupation sont des questions soulevées dans ce Bazar proposé à la chapelle Saint-Loup. Dans une tentative de délimitation d’un territoire, les éléments installés se perdent entre un statut d’oeuvre exposée et celui d’objet. L’habitat précaire abrite une sorte d’arrêt sur le temps, où tout prend valeur de souvenir. 

    Les visiteurs peuvent participer en déposant dans le Bazar des éléments similaires à ceux déjà proposés (couvertures, tissus de leur grenier, dessins), mêlant leurs souvenirs à ceux de l’artiste et laissant à chacun la possibilité mentale de se les approprier tous.

    Le titre du projet s’allongera avec le nombre des participants : Bazar avec...

     Les objets sont récupérés par leur propriétaire après l’exposition, le dimanche 10 février de 16h à 18h. Sinon, aux heures d'ouverture des ateliers du prieuré,le mardi, mercredi et jeudi d'après.

         + Télécharger le livret PDF de cette exposition > ici    

     

    Expo7 Letu Raymond

    Jean Louis Letu Paysages (clic pour agrandir)

     

      

                                Expo7 Letu Raymond     Expo7 Letu Raymond

     

      Alice Raymond Bazar avec...(clic pour agrandir)

     

     

    Voir les participations dans Bazar avec... (cliquez ici)

    Voir le site d'Alice Raymond

     

     Pour chaque exposition j'ai demandé à Claire Paries d'écrire au sujet des artistes invités.

     

    JEAN-LOUIS LETU

     

    Un format étiré, amenuisé parfois jusqu’à la miniature dans une planchette de bois d’à peine quelque centimètres de haut, pour une étendue. Une étendue de paysage, partagée entre ciel et terre: un horizon qui embrasse ce que deux yeux grands ouverts peuvent circonscrire du regard quand ils se projettent au plus loin. Regard souvent surplombant, se déployant au maximum de ce qu’il peut étreindre : un point de vue panoramique qui a d’abord obligé le peintre au recul, et que voilà paradoxalement ramassé en un si petit objet qu’il faudra aller s’y incliner. Parfois le tableau peut se déployer en deux volets distincts qui se rapprochent de notre regard tout en s’élargissant. Articulés à partir d’un point central, projection de l’œil où s’inscrit parfois un soleil, c’est dans cette forme inédite que se matérialise la perspective en une profondeur qui courbe l’horizon, plus proche alors de notre vision naturelle.

    Autant le grand format éloigne le regardeur de la peinture, le tient à distance, autant les petits formats le convoquent au plus près. Et du coup il va falloir nourrir cet œil qui se tient ici tout contre, faire fourmiller les détails, ce qui n’est pas rien quand on peint jusqu’à l’horizon. Enfermer le plus vaste monde possible dans un très petit format oblige le peintre. Qu’ils aient été peints sur le motif, reconstitués de mémoire, ou même réinventés dans l’atelier, dans tous les cas les paysages de Jean -Louis Letu nous frappent par leur individualité : la sensation qu’ils ont tous été observés précisément.

    Le peintre va abonder, faire foisonner les touches de couleurs lumineuses, les marques répétées qui inventent les végétations, feuilles des arbres, fleurs, herbes, vignes ou labours, ou faire surgir des cieux soigneusement étudiés, la masse claire des nuages déclinée en cirrus, stratus et autre cumulonimbus. Les paysages sont souvent habités : des travailleurs en pause, des porteurs de barque sur un quai, des marcheurs qui surgissent d’un coin de la toile et semblent saluer de leur bâton, des corbeaux ou des goélands qui traversent des campagnes à la lumière d’hiver ou des cieux maritimes, des vaches ou quelques moutons.

    Il y a des printemps, des étés, des automnes et des hivers. Il y a des cerisiers et des pommiers aux fleurs rosées ou blanches, des mers et des fleuves, un lac argenté dans le gris des collines, des vallons et des champs, des villages nichés dans les lointains ou d’autres qui alignent les façades de leurs maisons.

     La couleur à l’huile s’est faite patiente, concentrée, mais aussi généreuse, onctueuse, en des gestes qui étendent les ciels ou les océans, qui ramassent les verts distincts d’une forêt pour s’attacher à chaque fois à l’étude d’une lumière particulière en des empâtements en saillie ou en touches distinctes.

     Jean –Louis Letu est un peintre du paysage prolixe, un collectionneur d’impressions fugitives. Il lui arrive aussi de s’intéresser à la figure humaine. C’est alors le modelage de la terre, la « caresse » tactile qui prenant le dessus aligne sur une étagère les bustes d’une foule de personnages. Quelques nus aussi. Une production offerte comme autant de « petits plaisirs » d’un artiste qui se dit amateur.  

    Claire Paries

     

    ALICE RAYMOND

     

    Les souvenirs ont l’habitude de se nicher au fond de nos mémoires. Quand ils sont objets, c’est dans les greniers des maisons de famille qu’ils s’entassent, s’oublient, se perdent pour mieux être retrouvés par les générations qui suivront. Investis alors du rôle de témoins d’un passé révolu, ils peuvent à leur corps défendant se charger de nostalgie. 

    Alice Raymond qui vit au jour le jour et affectionne particulièrement les déplacements, voyages, changements de situation, est aussi attachée à ce qui permet l’ancrage des corps que ce soit momentanément ou plus durablement : cahutes, kiosques, cabanes, mobil-homes dont elle collectionne les photographies, jusqu’à la maison familiale qui autorise le retour au pays. L’éloignement, l’absence, peuvent charger les objets familiers d’une sensation d’étrangeté au moment des retrouvailles.  Vague écho de ce qu’ils ont été, ils sont l’occasion de surprises, de véritables découvertes. Ce qui est devenu souvenir peut alors s’imposer comme une actualité qui permet de construire la forme du présent : l’invention d’un lieu à l’image de ce qui en soi résonne de ces temps conjugués.

     La structure d’une tente familiale sert de base. Une forme liée au nomadisme, qui se réinvente de l’emploi de tissus, couvertures, aux motifs à rayures ou fleuris d’une époque révolue, soigneusement répartis pour à la fois délimiter, couvrir, clore et ménager des ouvertures pour la circulation des uns et des autres. Des étagères de bois, des casiers métalliques, de petits meubles qui accompagnaient l’enfance de l’artiste composent l’espace intérieur. Ils accueillent, enferment des piles de draps et d’étoffes préservées aussi par sa famille. Ils sont soigneusement pliés pour s’amalgamer à la forme qui les contient. Et ils semblent proposer une remontée du temps de la base au sommet : draps de lins des générations lointaines, tissus qui ont accompagné les suivantes, puis d’autres qui sont marqués des motifs de l’enfance. Déposés sur les dessus ou appuyés au mobilier comme sur un chevalet, des dessins sous verre ou de petits tableaux actuels s’exposent. Le tout est soigneusement maintenu, attaché, comme pour solidifier en un ensemble ce qui a appartenu à des temps, à des espaces différents.

    Et c’est comme si peintures et dessins privés de la solidité des murs devaient se déposer comme des sculptures sur ce qui devient alors socle : un refus des clivages, un déplacement revendiqué jusque dans les formes artistiques. Mais aussi comme si s’énonçait ce qui peut lier le peintre à sa famille : une affection partagée pour les tissus, toiles et motifs. 

     L’agencement s’amuse d’effet décoratif quand par exemple des cubes colorés d’enfant soigneusement alignés, forment des bordures, ou crée avec humour et dérision, l’explication d’une vocation : Saturnin le canard, a été peintre et navigateur, sur ces draps qui ont pu accompagner les rêves de la fillette qui est devenue artiste et voyageuse. Une figure singulière, en tracé blanc crayeux et noir sur un fond vert de tableau d’école, grimace en une pose énigmatique qui semble dialoguer avec le canard artiste, par la juxtaposition du tissu trouvé et du dessin. 

    Les dessins proposés, personnages très graphiques accompagnés de courtes phrases, comme pour une invitation au récit, sont faits de peu sur ces fonds qui peuvent référer à l’enfance parce que noirs comme l’ardoise quand ils n’utilisent pas ce vert particulier. Ils restent volontairement elliptiques, énigmatiques nous obligeant à nous risquer à une interprétation hasardeuse. Les tableaux sont produits à partir d’œuvres laissées sur place puis retrouvées lors d’allers retours entre deux continents. Ces restes récupérés par découpage ou impressions sur toile sont repris avec les moyens offerts par les lieux et les rencontres nouvelles. Et c’est depuis un centre marqué d’où s’écoulent des réseaux linéaires que la matière colorée en tache opaque recouvre les motifs végétaux anciens et les renvoie en arrière plan. Un souvenir retrouvé soumis à un éloignement pour mieux servir de soubassement au présent. 

    La tente engage au parcours dans un étal d’objets, un bazar, construit de réminiscences, d’associations comme autant d’allusions discrètes qui engagent au dialogue. Elle donne corps à ce nécessaire détachement de soi, quand on aborde sa vie propre en donnant forme à des souvenirs familiaux, comme ces formes de civilité qui permettent d’engager la conversation. Dans l’attente d’échanges elle est ainsi un appel à être empli des souvenirs des uns et des autres, des passants.

    Claire Paries

     

     

    Bazar avec ...

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    Expo7 Letu Raymond


             

     

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école,de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

    Voilà les réponses qui m'ont été faites.Merci aux enseignants et aux enfants.

     

    Exposition#7

     

    Exposition#7

     

    Exposition#7

     

    Extraits de Paysages, cabane, souvenirs de la classe 3 et classe 1 de l'école maternelle l'île bleue.(cliquez pour agrandir)

     

     

     

    Exposition#7  Exposition#7   Exposition#7

     

    Dérouler les souvenirs, classe CM2, École Paul-Jean Toulet

     

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    Papa, maman et moi, Classe 7, petite et moyenne section, École La Fontaine.

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