• Expo5 Cousy Dijkmeijer

    Catherine Cousy et Joris Dijkmeijer, Passage nuageux

    Expo5 Cousy Dijkmeijer

     

    Le regard de Justine Adenis sur cette exposition, film : 2min31s

     

    L'invitée et son invité

     

    Pour la dernière exposition de cette saison j'ai invité Catherine Cousy et nous allons présenter ses peintures.

    Le travail de Catherine Cousy nous propose un parcours du regard entre nuit et lumière, à travers les impressions sensibles et accidentelles de la peinture.

    Des formes se devinent, émergent ou s'évanouissent sur la toile vécue comme un territoire par le peintre.

    Catherine a invité Joris Dijkmeijer

    Ses sculptures hébergent des maisons, des architectures, foyers d'explosions internes invisibles qui s'évacuent en des formes nébuleuses.

    Bâtiments en assise sur leurs socles ou juchés comme sur pilotis sont autant de blocs simplifiés et fermés qui génèrent en même temps leurs paysages.

    Le site de Joris Dijkmeijer

    Expo5 Cousy Dijkmeijer

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    Expo5 Cousy Dijkmeijer

    Vues partielle de l'exposition (clic pour agrandir)

    Expo5 Cousy Dijkmeijer

     

     

     

                                                                    

    Pour chaque exposition j'ai demandé à Claire Paries d'écrire au sujet des artistes invités. 

     

     

     CATHERINE COUSY, PEINTURES 

     

    Il y a quelque chose de caché là-dessous!

    L’œil intrigué est alors attiré au plus près du tableau, fouille, tente de démêler le tricotage, devant, derrière, ce qui a été là d’abord et qui sous-tend ce qu’il voit comme des formes indécises mais qu’il pourrait peut être reconnaître, si seulement… .

    Peine perdue pour l’œil : pourtant quelque chose, il en est sur, a été là !

    Quelque chose transparaît, persiste, a résisté à la force d’un effacement probable se dit encore l’œil, qui réfléchit, peu enclin au laisser-aller. Ce n’est pas sa nature, il accepte assez mal de se faire tromper. Il connait ses capacités à l’illusion (d’optique bien sur) mais tout de même !

    Et il voit bien qu’il y a là un monde improbable, celui de l’ombre qui gagne.

    Ce moment qui peut le mettre en danger quand la nuit tombe, moment où il discerne si mal et peut se faire leurrer : moment « entre chien et loup » !

     Instant où l’œil vacille et hésite à reconnaître dans le voir tout ce qui est là, ne pouvant nommer avec certitude choses, couleurs, ambiances, espaces, directions, échelle…. tout ce qui stabilise le corps, évite le vertige et qu’il faut accepter de perdre un instant ! 

    Mais l’œil s’accommode juste avant que la nuit ne tombe alors que les ombres s’étendent dans l’obscur des noirs.

    « Arrivé au noir. Le noir ramène au fondement, à l’origine.

    Base des sentiments profonds. De la nuit vient l’inexpliqué, le non-détaillé, le non-rattaché à des causes visibles, l’attaque par surprise, le mystère, le religieux, la peur…et les monstres, ce qui sort du néant, non d’une mère.

    Ce sans quoi la lumière n’a pas de vie intéressante. (…) »

    Henri Michaux. Emergences-Résurgences.  

    Le peintre ici s’est délibérément abandonnée à la nuit en commençant par obturer la toile d’une étendue de noir. Ce qui en fait prendre la mesure, en éprouver physiquement les limites pour mieux se saisir de ce qui devient alors comme un territoire d’ombre dense.

    Territoire qui aura écarté délibérément la clarté du monde, l’évidence des choses qui tombent sous le regard, et réinventé en peinture sa « chambre noire ».  

    Parce que peindre pour Catherine Cousy doit en partie à la pratique de la photographie : celle de la pellicule sensible développée dans la pièce obscure. Lieu du rituel de la montée de l’image, de son passage du négatif au positif, entre révélateurs et fixatifs.

    La peinture se mène elle aussi dans un processus lent, dans une remontée progressive de l’opacité des noirs vers les bleus, dans les gris, parfois jusqu’au jaune soufré lumineux. Souvent l’ombre gagne à nouveau par-dessus, brouille les limites, floute certaines formes, vient en affirmer d’autres, retranche la distance, dépose le trouble. Les nappages d’une couleur fluide et opaque, s’imprègnent les uns dans les autres, autorisant les dessous à transparaître en la surface. A moins qu’ils ne s’y révèlent en un corps aminci par l’effacement volontaire d’une couche où persiste la trace d’un passage éphémère.

    Le tableau va se fixer, en un moment de coalescence des fonds et des formes, instant où la présence des uns aux autres s’est hissée à un même niveau, où en la pénombre s’insinue la lueur, comme un jour qui pointe. Lumière pâle encore qui transpire à la surface, dévoile sans affirmer, retient les choses à la limite de leur reconnaissance.

    Suspens pour l’œil qui s’écarquille, maintenu par le peintre en cette périlleuse position où il devra se contenter des impressions qui le gagne, et se laisser aller. C’est alors subrepticement que se révèlera peut être dans l’effleurement d’un entre-deux l’esquisse d’une étreinte.

    Claire Paries

     

     

    JORIS DIJKMEIJER, SCULPTURES

     

    Rarement en sculpture il y a un ciel.

    Dés qu’elle s’échappe du relief du mur la sculpture, n’a plus de fond, plus de mise en scène et donc plus de nuées d’albâtre, de rayons d’or, de marbres colorés. Ainsi dégagée elle s’ouvre à la réalité de l’espace, celui des intérieurs, ou dehors partageant avec tous place publique ou paysage. Elle s’offre alors à l’atmosphère bien réelle, à la lumière du soleil, ou aux orages et autres intempéries, aux nuées qui là haut traversent. Pas besoin de représentation de ciel : la sculpture est peu concernée par ces états gazeux qui sans arrêt se transforment ou menacent de s’effondrer en liquides, qui se répandent et s’échappent, sauf à vouloir les contenir d’un réceptacle : fontaine.

    Pas de ciel et donc pas de paysage : ils appartiennent à la peinture qui a l’étendue pour agir. Il reste au sculpteur tout ce qui se concentre en un objet, noyau compact, fermé sur lui-même.

    Le ciel est advenu dans la peinture le jour où les hommes ont regardé en deçà du divin, pour se concentrer en ce point unique à l’horizon, indice de leur propre regard quand il porte à l’infini. C’est alors qu’ils ont perçu le bleu du ciel, et ont abandonné l’or qui jusque là emplissait d’une feuille précieuse les fonds des icones.

    C’est à ce moment de l’histoire de la peinture que Joris Dijkmeijer a emprunté l’argument de certaines de ses sculptures et en particulier dans les fresques du cycle de Saint François d’Assise réalisées par Giotto au 13° siècle.

    Il en a extrait un promontoire rocheux où la distance est peinte par un rétrécissement formel synthétique, abstrait, typique de la représentation de l’éloignement à cette époque, et qu’il a reproduit.

    Au cadre de la peinture il a substitué un soubassement aux formes architecturales adaptées au corps de la montagne.

    Quant à la présence si humaine que Giotto avait introduit au premier plan de la peinture, la voilà rassemblée, ramassée en une forme déportée là haut : maison. Lieu domestique concentré en un volume simple, cubique compact et fermé. Et comme le sculpteur a concrétisé la distance que le tableau imposait aux formes il a réduit d’autant l’architecture minuscule, d’où une terrasse plonge dans le vide.

    A ce qui n’était qu’une face il aura restitué un corps aux trois parties unifiées par la couleur du matériau : objet dans l’espace à l’échelle du regard.

    Et le sculpteur a choisi le zinc parce que la gouttière de sa propre maison est alors à changer. La gouttière de zinc peut mener logiquement à l’idée de consacrer une sculpture à la maison, à moins que l’idée de sculpter la maison ne mène à la décision d’utiliser le zinc de la gouttière défectueuse. Parce que dans le langage de l’art depuis le 20° siècle « le matériau fait l’œuvre », et pour y appuyer en termes simples, « l’occasion fait le larron », qui est ici le sculpteur.

    Façonné de découpes en facettes de zinc suturées d’étain, le promontoire se développe en sinuosités en tons gris bleutés. Et à y penser de plus près c’est comme si le roc aride se transformait en eau, favorisant l’apparition subite d’une cascade sous la maison prolongée alors d’un plongeoir. Le Miracle de la Source qui est le titre même de l’œuvre d’origine, celle de Giotto, est alors porté à une échelle vertigineuse.

    La sculpture domestiquant l’architecture, en un signe simple d’humanité, s’est faite paysage habité, comme un pied de nez à la peinture, et emporte le regard dans l’invention d’un ciel qui lui décidément n’a pas besoin d’être sculpté.

    D’autres promontoires s’élèvent-en des pics vertigineux pour la maison comme précipitée vers la promesse de l’abîme. Certaines, juchées sur leurs sellettes sont portées au rang de bibelots, à moins que des pilotis n’en hissent une autre hors d’eau, la propulsant en d’autres cieux par un nuage d’or interposé.

    De bois, porcelaine, ou métal, les mêmes masses élémentaires privées d’ouvertures, maisons, usines, temples, églises, peuvent donner lieu à des jaillissements, des rebondissements, des accumulations de fumées solidifiées, recouvertes parfois à la feuille d’or, comme si au sein de ces foyers si calmes d’apparence couvaient quelques explosions internes qui atteignaient au sacré en se libérant dans le ciel.

    Et il arrive que l’une des maisons s’envoie en l’air dans d’abondantes vapeurs cuivrées, qui émanant du sol, la projette en d’autres dimensions de l’espace. Infini.

    Claire Paries

     

      

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école,de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

    Voilà les réponses qui m'ont été faites.Merci aux enseignants et aux enfants.

    Exposition#5

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       Exposition#5

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    La classe 3 : Possibilité d'éclaircie et Maisons hautes (extraits)

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