• Expo4 Andersson Labat

     Maya Andersson et Marie Labat

    Expo4 Andersson Labat

     

     Le regard de Justine Adenis sur cette exposition, film : 2min50s

     

    L'invité et son invitée  

     

    J'ai invité Maya Andersson qui a invité Marie Labat.

    Maya montrera des tableaux de paysages, Marie, une installation vidéo et sonore "Ma mère" et ses bottes de sept lieues.                                     

    Le site de Marie Labat

     

           Expo4 Andersson Labat       Expo4 Andersson Labat       Expo4 Andersson Labat

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    Vues partielles de l'exposition

      

     

    MAYA ANDERSSON, PEINTURES

    Le paysage est d’abord ce qui s’étend chaque jour, découpé en sa continuité par les fenêtres successives de la maison. C’est alors qu’en sa répétition quotidienne il peut se constituer en vues nourrissantes, ou en espaces indistincts qui signent parfois comme un manque même de perspective.

    Le paysage est aussi une promesse liée aux déplacements : trajet quotidien, parfois à marche ou à course forcée, qui traverse des espaces souvent atones et que quelque évènement peut raviver ; flânerie oisive à l’affût de ce qui pourrait se révéler subitement dans l’ordinaire ; déambulation hasardeuse du voyage à la recherche de l’ailleurs que chez soi, dont on a choisi de s’éloigner. Il est ce qui, dans le flux des espaces parcourus, oblige à l’arrêt des sens éveillés.

    C’est depuis l’intérieur de l’atelier que Maya Andersson a peint certains de ses paysages cadrés par fenêtres et murs.

    Elle s’est ensuite avancée sur le seuil, arrangeant pour les premiers plans, tables et fleurs, pour mieux discerner ce qui se passe là bas, à la lisière, dans la profondeur.

    Aujourd’hui le paysage est un moment vibrant, ou bruissant, ou lumineux ; mouvement, ou son, ou lumière qui particularise soudain l’espace. Il en est comme une exhibition momentanée, qui affecte le peintre alertée par cet instant singulier. Il est une rencontre inopinée, un imprévu, quelques éclats attachants : la lune persistant dans le jour, une réverbération lumineuse, des ombres portées, tout à coup une couleur inédite, un chien aboie alors le chasseur n’est pas loin.

    La localisation des paysages trouvés lors de voyages, nous est donnée par les titres. Les choix du peintre sont plus liés aux apparitions sensorielles qu’à la typologie d’un pays.

    Comme il lui faut retenir l’instant, elle en prend note par la photographie, qui inscrit ce qui ne sera plus qu’un souvenir au moment même du travail de la peinture dans l’atelier. La photographie passera par le filtre du dessin : lignes qui posent une assise, distribuent en quelques masses crayonnées l’image trop bavarde. Travail de réduction à l’essentiel, de ce qui a été là, capté dans l’abondance de détails pittoresques, pour un « énoncé » dit Maya : quelques « mots », signes qui condensent, concentrent ce qui sera à résoudre par la couleur et qui a été une anecdote, une rencontre « affectueuse ». 

    Les paysages de Maya Andersson sont souvent de grands formats dans lesquels se déploient de vastes étendues de champs, forêts, montagnes, lacs, ciels qui forcent à l’amplitude patiente du geste d’une couleur étale. De minces couches colorées, qui par recouvrement, amènent les formes à leur juste degré d’intensité, dans la densité juste : ce, juste ce qu’il faut, pour « ne pas fatiguer la peinture » dit-elle. 

    Il faut peut être entendre dans ce propos du peintre qu’il y a ce moment de l’opacité de la couleur, qui a couvert le grain fin de la toile, de manière homogène en la surface du tableau, et qui est ce moment où les choses apparaissent à un juste degré d’existence qui les constituent en un fait pictural. Formes encore vulnérables, mais à la hauteur de ce qui a affecté l’artiste, qu’il faut savoir laisser à un être-là de la couleur : germination, éclosion, pour un autre regard.

    Il y a parfois dans l’étendue de minuscules détails, déportés sur les bords comme une présence qui s’est manifestée, mais soustraite au regard parce que si loin, ou une forme infime dans l’immensité et en plein centre comme si ciel et sol pouvaient s’y nouer ; la surprise d’une ligne rouge réverbérant dans l’immensité des verts assombris, ou une échappée pour le regard, résumée en l’apparition fugace d’un chemin de côté.

    D’autres fois le paysage réinvente le maillage d’ombres portées, de bruns sombres bleutés, qui épanouissent un graphisme rythmé en circularité sur des rosés, révélant l’éblouissement qui avait surgi là.

    Ou c’est une surface orange ocré, labourée de lignes noires, en redressement dans les verts jaunes. Ou encore comme un laisser-aller d’un premier plan en quelques arbres violacés argentés, qui rend à sa fermeté lumineuse un jaune vert central.

    Autant de tableaux d’une apparente simplicité dans le silence desquels il faut s’immerger pour qu’y murmure un scintillement mouvant.

    Claire Paries

     

     

    MARIE LABAT, INSTALLATION

     Trois écrans de même format, posés en contigüité, qui alignent trois vidéos similaires. Quatre femmes filmées dans un même cadrage : une distance qui insiste sur la présence de chacune, dans ce paysage là. Elles s’arrêtent, regardent, repartent. Quatre fois des paysages, aux collines, champs, montagnes, ciel et lumière, qui se ressemblent.

    Quatre fois des promenades, souvent en compagnie de chiens, dans un pas lent, régulier, ou hésitant.

    Malgré leurs allées et venues, l’image maintient ces quatre femmes le plus souvent au centre, comme pour mieux souligner leur appartenance à ce milieu là. La proximité des trois écrans pose parfois des coïncidences d’horizons, de lointains de montagnes, des alternances de pentes herbues, de champs récoltés. L’une d’entre elles partage l’écran des trois autres, passant de l’un à l’autre.

    Il y a là comme un « triptyque » d’images mouvantes, qui vient « solenniser » ou simplement « célébrer » des balades qui semblent ordinaires.

    Ces femmes sont mère, tante, ou voisine de Marie Labat, et l’artiste a choisi de les filmer se promenant dans leur paysage, leur pays devrait-on dire. Pays parce qu’il est un lieu habité de la vie de chacune, qui tour à tour se raconte. Pays qui est alors caractérisé des intonations et accents communs à ces femmes adossées aux Pyrénées. Des voix distinctes, des récits qui se succèdent et qui viennent se superposer aux images mêlées.

    Et ce morceau de pays devient ce qui les absorbe par le travail, ce qui les enferme par l’assujettissement qu’il produit, ce qui les cerne comme frontière : « Et on ne pouvait pas partir On n’est jamais parti. ». Un territoire auquel elles sont attachées par leur métier, lié souvent aux choix de leurs maris ou à un héritage familial. Agriculture et élevage ont obligé leurs vies.

    Et comme les images interchangeables d’un écran à l’autre et qui tournent en boucle, leurs voix singulières, racontent chacune à leur manière, la répétition inéluctable des mêmes gestes jour après jour : « Et c’est tous les jours pareil. ».

    Devant la réalité des récits, la promenade dans ces beaux paysages s’érige en fiction : c’est comme si l’artiste avait offert à chacune de ces femmes un temps d’arrêt pour une détente trop rarement vécue, un moment de partage pour un autre travail. 

    Fille, nièce, amie, l’artiste, vient ici cultiver son propre territoire, en nouant lieu et parole, par une rencontre avec les femmes qui ont construit et accompagné sa propre vie. Un travail artistique comme un porte-voix, écho imagé de ce qui l’attache profondément, l’enracine.

    Puis, comme pour mieux arpenter ce territoire commun, Marie Labat imagine de nouveaux objets : Les bottes de sept lieues. 

    Elles sont d’abord des bottes de travail, toutes pareilles, portées par nécessité jour après jour, quelle que soit la saison, et du même modèle pour les femmes comme pour les hommes. C’est dans les grandes bottes des hommes qu’elle a découpé et façonné des chaussures à la taille des femmes, forçant l’adaptation d’un pied masculin à la féminité de modèles variés. Les bottes ainsi allégées, obligeraient le pied des femmes à emboîter le pas de l’homme, et non sans humour à grandes enjambées à cause des semelles débordantes. 

    Objets symboliques, qui viennent transgresser les genres et qui dans leur dénomination se veulent objets d’émancipation. Elles se présentent en cercle, comme une réunion pour une conversation ? Un complot ? Une révolte peut-être ?

    Objets qui offriraient alors la possibilité de franchir les limites de son propre territoire, de s’évader de soi même, pour peu qu’ayant choisi son propre modèle, on sache trouver en l’autre, la solidarité qui fera avancer à grands pas.

    Marie Labat, offrira aussi de grands portraits photographiques en pied, à ces femmes, dans une tenue vestimentaire qu’elles auront choisie, loin du « costume » endossé tous les jours de la semaine, pour le travail.

    C’est ainsi qu’elle produit des installations comportant vidéos, photographies, témoignages enregistrés, objets symboliques, qui sont autant de déclinaisons réfléchies, muries au contact direct des milieux du travail féminin, qu’elle côtoie longuement et qui engage un propos d’artiste à l’écoute de femmes ordinaires et souvent invisibles.

    Claire Paries

     

     

    Lire un "Catapoème catapulté" de Catherine Pomparat, in remue.net, au sujet des tableaux de Maya Andersson  

     

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école,de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

     

    Voilà les réponses qui m'ont été faites.Merci aux enseignants et aux enfants.

    D'après Assouan   D'après le lot

    D'après Assouan                                D'après Le lot

    D'après les Arques 2  D'après les Arques

    D'après Les Arques 2                               D'après Les Arques

     D'après Mérilheux D'après Promenade à Nendaz

    D'après Mérilheux                                     D'après Promenade à Nendaz

     

    Des paysages, extraits :gouache et pastel gras sur papier, classe 3