• Expo3 Jouhanneau Gilloire

    Michel Jouhanneau et Catherine Gilloire, Céramiques/Céramix

    Expo3 Jouhanneau Gilloire

     

                      Le regard de Justine Adenis sur cette exposition, film : 5min47s  

      

    Céramiques/Céramix du samedi 7 au vendredi 13 avril 2012.

    Michel Jouhanneau et Catherine Gilloire, deux façons de faire avec la terre.

    Exposition en collaboration avec le musée souterrain de la poterie de Saint-Émilion et l'École Supérieure d'Art des Pyrénées de Tarbes.

     

    Des liens: 

    Voir le site de Catherine Gilloire

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    Pour chaque exposition j'ai demandé à Claire Paries d'écrire au sujet des artistes invités.

     

    MICHEL JOUHANNEAU

     

    Il y a là des objets. Et ils sont des objets posés là. Et il faut entendre qu’il y a là des objets qui se présentent bien assis en leur fondement, mais aussi qu’ils sont là, de manière simple, posément comme on dit. Des objets qui n’ont besoin d’aucun socle pour les hisser au niveau du regard et qui ne veulent d’aucun piédestal pour les exalter.

    Des objets qui sont façonnés de terre et d’eau, dans des gestes simples, primordiaux : pétrissage et modelage à la main, plus proches de la sculpture parce que dans le refus du travail au tour du potier. Des objets qui depuis leur base, montent en une forme cylindrique creuse, construite à partir de bandes de terre, qui s’additionnent et sont unies les unes aux autres par le geste du sculpteur, visible, en ces marques obliques, discrètes, sur les parois quand elles sont laissées lisses.

    Colombin après colombin chaque objet trouve sa forme et sa dimension, dans un temps de travail lié à l’évaporation de l’eau, nécessaire, pour permettre une solidité qui autorise leur lente croissance. Ça s’arrondit, se cintre, s’enfle, s’évase, et au bout du compte quand ça a grandi, ça s’ouvre, à moins que plus droit et en rétrécissements, ça ne se referme en des formes qui hérissent de flammèches.

    Les objets alors ressemblent à des contenants comme des pots, des vases, des jarres, des amphores, des pots à feu qui sont des épis qui surmontent les toits des maisons. Des objets qui pourraient alors être perçus comme des objets usuels s’ils ne nous faisaient pas ainsi face de toute leur hauteur qui s’apparente à celle de nos corps.

    Et ils deviennent alors des objets comme des corps : parfois lisses, presque nus - c’est alors qu’au col apparait une empreinte de cordon ou tresse - ou comme des corps habillés, parés, ornés. Mais les termes d’habillage ou d’ornement sont ici impropres tant ils renvoient tous deux à un ajout, un supplément qui recouvre pour embellir, pour ajouter de la valeur, attirer le regard par une certaine préciosité. 

    Ici les « décors » sont nés sous la pression des doigts de Michel Jouhanneau qui repoussant la terre de l’intérieur de l’objet, au fur et à mesure que monte la forme, produit une peau comme « scarifiée » de motifs. Et ceux-ci seront développés avec des outils simples, ou faits parfois d’empreintes d’autres choses, et se répétant, s’alternant, changeant de registre, ils vont donner à chacun sa vie propre, sa personnalité.  

    Et on comprend bien alors que c’est un organisme qui ainsi se développe et grandit sous les mains de l’artiste dans ce lent travail de développement structurel en même temps que maillage, tissage, tricotage, d’une peau individuelle. Autant de termes que Michel Jouhanneau mentionne dans la conversation à propos de son travail avouant par exemple une vraie fascination pour ce geste modeste du tricot qui trame un endroit et un envers différent dans le même temps. De même il parle simplement de son admiration pour la vannerie ou la dinanderie, l’orfèvrerie, la passementerie, autant de métiers d’art qu’il a côtoyé dans les salons où il expose.

    Et si à chaque pot sa peau, ne pourrait-il y avoir à chaque peau son pot ? (et qu’on me pardonne ce jeu de mot douteux) Car enfin en ces grands pots creux on peut s’y glisser, s’y cacher, s’y enfouir ! « Je construis mes objets comme des maisons » dit Michel Jouhanneau. Une maison en « vase clos », une maison si étroite qu’elle pourrait alors être comme une seconde peau, un habit solide et résistant: carapace ou coquille.

    « Je ne sais pourquoi je souhaiterais que l’homme, au lieu de ces énormes monuments qui ne témoignent que de la disproportion grotesque de son imagination et de son corps, (…) au lieu encore de ces statues à son échelle ou légèrement plus grandes(…) qui n’en sont que de simples représentations, sculpte des espèces de niches, de coquilles à sa taille, des choses très différentes de sa forme de mollusque mais cependant y proportionnées (…) que l’homme mette son soin à se créer aux générations une demeure pas beaucoup plus grosse que son corps, que toute ses imaginations, ses raisons, soient là comprises, qu’il emploie son génie à l’ajustement, non à la disproportion, - ou, tout au moins, que le génie se reconnaisse les bornes du corps qui le supporte. »

     

    Francis Ponge. Notes pour un coquillage. Le parti pris des choses.

     Claire Paries


     

     

    CATHERINE GILLOIRE

     

    Visiblement peu de chose :

    une galette,

    blanche et fine,

    céramique fragile et précieuse,

    qui est de porcelaine translucide.

    Quelques lignes gravées s’y enroulent.

    Un cercle lisse,

    concentrique un léger relief,

    un entre-deux lisse,

    relief, trou.

    Visiblement pas grand chose,

    mais qui est comme une réplique :

    un autre, blanc,

    de nos vieux vinyles, noirs.

    Celui-ci est gravé d’un seul sillon: une spirale, pour que ça revienne en boucle.

    Et comme il est disque il se dépose comme tout disque ordinaire sur une platine.

    C’est alors que se produit,

    Loin, loin, loin,

    l’étrangeté

    seul au monde

    une réplique de son,

    n’existe pas … es loin

    des bruits, des bribes,

    toi si loin…

    qui s’abiment, se perdent

    et reprennent.   

    Le travail de Catherine Gilloire est en cours de réalisation en ce moment à l’ESACT (Ecole Supérieure d’Art et de Céramique) de Tarbes en collaboration avec Marjorie Thébault, céramiste, et ses étudiants. Elle envisage une installation murale sonore constituée de plusieurs platines et de leurs disques de porcelaine qui diffuseraient leurs sons respectifs ensemble dans l’espace d’exposition.

    Chaque platine est autonome, à piles, et munie de ses propres haut-parleurs intégrés. Les disques en céramique sont pour le moment des moulages de vinyles existants (d’une voix qui parle, des Variations Goldberg de Bach, d'un disque de musique techno, de tubes de Richard Anthony, Dave ou Johnny Hallyday) « pour voir » ce qu'il en reste.

    La porcelaine a été choisie pour sa finesse, qui permet de reproduire la précision des sillons. La cuisson faisant réduire l’objet, va réduire le son dans les mêmes proportions. Il faut donc adapter au mieux le mode et le temps de cuisson pour un résultat optimum. Il fallait trouver d’abord la manière de couler la porcelaine liquide dans le moule en plâtre, en inclinaison, pour qu’elle vienne au plus vite et au mieux se conformer à l’empreinte fine.                                  Au sortir du moule, les cercles parfaits sont minces et souples, et ne doivent pas froisser, être déposés délicatement, séchés et époussetés avant la cuisson. Alors parfois des accidents créent d’autres formes blanches, collerettes qui boursouflent, plissent, déchirent et fascinent aussi.

    Il faut imaginer ensuite ces objets tous semblables dans leur géométrie simple et un peu désuète, accrochés dans la verticalité du mur, premier glissement pour la perception, chacun impulsant son propre mouvement par l’oscillation des disques blancs sur l’acier des platines. Et chacun autonome dans le son émis. Son, que l’on peut expérimenter aujourd’hui, sourd, heurté, puis qui remonte dans la clarté, quelques évidences d’un chant, d’une parole, d’un rythme, ou d’une mélodie, une brève reconnaissance qui sera fragmentée à nouveau par les sillons de terre. 

    Le projet de Catherine Gilloire, est ensuite de composer des sons spécifiquement pour ses disques de porcelaine, comme « un son de terre ». 

    Claire Paries

     

     

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école, de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

     

    Voilà les réponses qui m'ont été faites.Merci aux enseignants et aux enfants.

     

     

    Expo#3

    Extraits de terres, petits mondes

    de la classe 3 petites et moyennes sections de l'école île Bleue

    Expo#3,terre petits mondes,2


    Expo#3Expo#3