• Expo15 Hindson Chabrely

    Jonathan Hindson, Éric Chabrely, Je m'en souviens, j'y étais

    < Exposition#15

     

    L'invité et son invité

    J'ai invité Jonathan Hindson qui a invité Éric Chabrely

    Jonathan Hindson est né en 1963. Il vit et travaille à Bordeaux. Après des études à l’Ecole des Beaux Arts de Bordeaux, il exerce divers métiers dans différents domaines liés à l’image : photogravure, graphisme, 3D (imagerie fixe et animation) tout en menant son travail d’artiste. Il a participé à de nombreuses expositions tant personnelles que collectives. Jonathan à longtemps travaillé sur le paysage et la cartographie avant d’intégrer la photographie et l’imagerie numérique à sa peinture. En 2013, Jonathan Hindson est retourné en Afrique du Sud, son pays de naissance, les travaux qu’il présente sont issus de ce voyage.

    Éric Chabrely est né en 1962.  Il vit et travaille à Bordeaux où il exerce parallèlement un travail d’artiste et un travail de graphiste. Il travaille aussi en collaboration avec d’autres, autour de livres comme Écorchés, correspondance avec le poête Bernard Manciet, de films ou d’expositions. Éric mène de nombreux projets dans différents domaines : la photographie, la stéréoscopie et la vidéo. Artiste voyageur, il arpente les paysages et tente patiemment de capter la nuée, la flamme ou la cascade. De 2001 à 2011, Éric Chabrely, a fait plusieurs voyages en Islande, aux origines du temps, les travaux qu’il présente à la chapelle sont issus de ces voyages.

    Je m'en souviens, j'y étais, une exposition autour de deux voyages, l’un en Afrique du Sud, l’autre en Islande. Pour Jonathan Hindson, le parcours est vécu comme un retour au pays, une perte des repères; demeurent la mémoire et les juxtapositions de l’absence. Pour Éric Chabrely, un déplacement du regard, un mouvement devant le paysage, des captations abstraites. L’exposition est conçue comme un dialogue entre la peinture, la photographie et la vidéo, contenus visibles des changements et des altérations.

    "Il y a ici, et il y a tout le reste, le vaste monde. Nous vous proposons la confrontation bienveillante de deux ailleurs éloignés et complices. »

     

    Expo15 Hindson Chabrely

     

         Expo15 Hindson Chabrely  Expo15 Hindson Chabrely  Expo15 Hindson Chabrely    Expo15 Hindson Chabrely

          Jonathan Hindson devant Le grand paysage, Éric Chabrely devant Paysage de pierres, vues de l'expo. 

     

    Jonathan Hindson

    Expo15 Hindson Chabrely

    Strike a pose,110 x 130 cm,techniques mixtes sur bois,2014-ADT guards,120 x120 cm,techniques mixtes sur bois,2014

     

    On naît quelque part qu’on n’a pas choisi. On vit parfois en un ailleurs qu’on n’a pas voulu. Il faut alors s’arrimer pour embarquer en cet autre monde, à la fois le même et toujours différent. C’est l’histoire de Jonathan Hindson né en Afrique du Sud au cœur de l’apartheid, rejoignant enfant la France qu’il habite toujours. Et il lui faudra une trentaine d’années pour refaire le voyage en sens inverse. Questionner ses origines quand on est né blanc au pays de l’apartheid, prendre position face à l’histoire, pourraient pour certains se poser presque naturellement comme si ça allait de soi. Face à un « devoir de mémoire » l’artiste considéré alors comme un porte- parole serait sommé de témoigner comme si on était indéfiniment redevable du poids des fautes collectives. Ou bien loin de toute culpabilité politique, on peut choisir d’être dans les retrouvailles, la découverte renouvelée de son pays d’origine. Jonathan Hindson s’est comporté en voyageur curieux, avide des rencontres humaines et des paysages. Par le biais simple de la photographie il capture des moments de tous ordres, des instants volés, des rencontres posées, la traversée des sites. Il s’attache à l’être même du pays, parcellaire, relatif, tel qu’il s’offre à son regard. Ainsi d’un artiste et de sa femme qui lui accorderont une pose, ou d’une discussion de part et d’autre d’une barrière d’une vieille femme blanche et d’un jeune noir, d’une femme titubante qui semble aller à la rencontre de l’objectif, des gardiens de résidences tranquillement assis, un vaste panoramique rocailleux et désert.

    Mais la photographie n’est pas un but en soi, elle constitue une collection d’images pour le peintre dont certaines serviront de matériaux de départ. Elles seront alors agrandies, recadrées en fragments, impressionnées sur un support : souvent des papiers dont certains déjà servis, abîmés sont choisis pour leur vulnérabilité même. Papiers déjà vécus, tachés poreux, fragiles, ils subiront encore des déchirements, des arrachements comme s’il fallait accéder, loin des surfaces lisses, brillantes, lisibles de part en part à une autre peau plus proche des chairs vivantes de ce monde, de celles qui manquent de netteté, d’évidence, d’affirmation de soi.

    La peinture va travailler, recouvrir en couches successives, posées raclées, déposées à nouveau, comme un baume réparateur, une construction lente par un masquage de parties. Tout contexte peut être remplacé par un rapport de deux ou trois couleurs fortes et abstraites qui marquent un espace minimum pour laisser place à la gestuelle de deux personnes, les détails typiques d’une maison sont éliminés au profit d’un simple tracé linéaire qui insiste sur un seuil. A moins qu’il ne reste pour tout espace que les détails de panneaux signifiants. Des vêtements sont en partie blanchis, ou à motifs de rayures tout à coup, des traits de visage sont ou soulignés ou a demi effacés tirant ainsi vers une individualité à découvrir, ou vers une posture qui se voudrait sans doute lisible de part en part.

    Tout le travail de l’artiste est marqué d’une destruction parcellaire, du besoin de trouer, d’absenter l’image. En même temps il est un peintre pour qui la photographie sert de fondation, de soubassement. Elle est un matériau de base indispensable à la peinture. Il y a là une volonté d’enregistrer le monde mais de n’en livrer au regard que ce qui peut faire reste. Des bribes d’images travaillées jusqu’à ce qu’en monte une chair qui serait une consistance plus proche de l’humanité parce que ce qui était simple mémoire mécanique a été livrée à des processus d’éliminations progressives similaires à ce que nos mémoires qui cultivent l’oubli impose à nos souvenirs. La peinture se construirait à partir de ce qui a été une simple présence au monde. Elle serait alors comme un reliquat tissant en son propre devenir ce qui a été.

    Claire Paries

    Expo15 Hindson Chabrely

    TheConstantGardener, Villain, XhosaSmile, 60x60cm, chacun, techniques mixtes sur bois, 2014

    Voir le site de Jonathan hindson

     

      

    Éric Chabrely

    Expo15 Hindson Chabrely

    Extraits de masques islandais, tribus inconnues, 2001-2011

    Il est un photographe qui se passe la plupart du temps de la présence humaine, qui souvent déserte la ville, et fouille les éléments primordiaux, terre, eau, feu, montagnes et océans, à la recherche d’un paroxysme du paysage. Eric Chabrely sait être comme seul au monde. Ses voyages le mènent parfois au plus près, du Médoc à Saint-Emilion, ou en un lointain jamais vu, de l’Islande à Hawaï. Il en rapporte des photographies qui sont comme une montée silencieuse des choses, figées, arrêtées à un moment privilégié de leur être. Il arrive à faire poser quelque chose d’un monde primordial, de celui auquel nous n’avons pas directement accès, quelque chose qui est bien là mais que nous ne percevons pas. Qu’il s’approche au plus prés de fleurs, des sables, qu’il s’éloigne pour embrasser le panorama de montagnes islandaises il nous invite en une représentation inouïe qui nous laisse incrédule devant ces mondes pourtant familiers mais jamais vus.

    Le regard concentré il force les cadrages, enserrant le strict nécessaire qui peut parfois référer à la peinture ou à la sculpture : des arrières plans de Léonard de Vinci qui se révèlent dans les paysages islandais, les Portes de l’Enfer de Rodin discernées dans les laves d’un volcan à Hawaï. A moins que les vignes d’hiver ne dessinent de lignes noires affirmées, l’espace blanchi. Comme si le monde enfermait en lui-même toute une propension aux beaux-arts qu’il suffisait d’aller débusquer.

    Les lumières ramenées à des passages tout en douceur, à moins qu’en contrastes elles ne soient poussés dans leurs retranchements, une couleur parfois délicatement outrée et puis souvent la présence d’un grain qui estompe l’origine des formes au profit d’une matérialité intrigante, emportent en incertitude le regard et transcendent toute réalité. On pourrait dire d’Eric Chabrely qu’il peint, dessine, sculpte en photographe. Ce qui serait confirmé par ce petit jeu où il invente des visages-masques intitulés « Portraits » en renversant à la verticale des paysages disposés côte à côte en symétrie, montrant ainsi « des Pays » comme on dit de ceux qui sont d’un ici. Mais sans doute l’essentiel se tient dans cette volonté d’outrer le réel, voire de le détrousser, le renverser pour aller y voir sous ses jupons, curieux de sa matérialité, ses mouvements, ses rythmes. Et si parfois à l’autre bout du monde il est dans la rencontre avec ce qu’on a appelé « le sublime », les formes extrêmes de la nature, il peut tout aussi bien se contenter de regarder la banalité même de la rosée ou des flaques d’huiles sur une plage.

    Bien loin de toute volonté démonstrative ou spectaculaire c’est comme en une lente montée vers nos regards que la photographie s’affirme. Sensiblement débusqué le motif issu de ce monde, une fois impressionné vient nous solliciter dans nos catégories perceptives sur ce qui en lui constitue le Beau. Beau comme ce silence à peine troublé de quelques sons discrets, sourds échos, qui accompagnent une vidéo de l’artiste qui nous fait remonter le temps en une chute d’eau au mouvement inversé. 

    Claire Paries.

     

    Expo15 Hindson Chabrely

    La ligne jaune, 2014 

    Voir le site d'Éric Chabrely

     

     

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école,de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

    Voilà les réponses qui m'ont été faites. Merci aux enseignants et aux enfants.

    Expo15 Hindson Chabrely

     

    Ce qui disparaît, ce qui reste. Classe 5, grande section, École île bleue

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