• Expo14 Garcia Buraglio Brouillon

     Franck Garcia, Claude Buraglio, Jo Brouillon, Les choses invisibles

    Expo#14Garcia/Buraglio/Brouillon

     

    L'invité et ses invités 

    J'ai invité Franck Garcia, qui a invité Claude Buraglio et Jo Brouillon.

    Habituellement réunis par et pour leurs travaux en commun (Collectif BGB, débuté en 2007), Claude Buraglio, Franck Garcia et Jo Brouillon proposeront à la Chapelle Saint-Loup de Saint-Loubès une sélection de leurs travaux personnels.

    Les choses invisibles” se présentera comme une autre façon de travailler et de “montrer” ensemble, faisant apparaître certains liens de leur pratique collective au travers de dialogues entre leurs pièces respectives. Ainsi assemblées par affinités de sens, par choix plastiques mais aussi de façon subjective, les choses “invisibles” se situeront dans ce qui lie ces trois artistes, dans l’imbrication des œuvres les unes aux autres et dans le décryptage qu’en feront les spectateurs.

    Voir le site du collectif BGB

    Deux cadavres exquis du collectif BGB, sont présentés à la Médiathèque François Mitterrand, en lien avec l'exposition à la chapelle. 32, chemin de Nice (juste à côté de la Coupole).

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    Vues de l'exposition.(clic pour agrandir). 

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    Vues de l'exposition.(clic pour agrandir). 

    Ils sont trois, affrontent chacun à leur manière la peinture et s’associent parfois pour faire œuvre commune. A première vue rien à voir entre ces trois là qui gardent chacun leur forte individualité. Des motifs isolés, sur fonds blancs ou noirs, à la picturalité affirmée pour Frank Garcia ; des associations comme d’idées dans le blanc de la feuille de papier et des lithographies pour Claude Buraglio ; des « brouillages » visuels instables qui « scintillent » devant le regard pour Jo Brouillon.

    Mais tous trois ont en commun l’emploi des outils traditionnels de la peinture : toiles, papiers, crayons, fusains, stylos à bille ou feutres, pinceaux, acrylique, peinture à l’huile ou pierre lithographique. Ce qui peut être une revendication en particulier pour Claude Buraglio : produire dans la plus grande simplicité, être dans le dénuement de l’artiste peintre qui n’a finalement besoin que d’une surface… et de quelques couleurs …. Modestie des moyens qui va avec une certaine conception de l’objet d’art loin de la cherté des surfaces clinquantes liées aux nouvelles techniques industrielles et dont se parent souvent les objets d’art contemporains. Simplicité revendiquée pour un objet dont l’actualité est ailleurs que dans les matériaux employés.

    Tous trois sont traversés des générations d’artistes précédentes en des références directes ou sous-jacentes, comme si l’histoire de la peinture, de la sculpture, de l’image, jouant de fondation leur autorisait d’avancer pas à pas en ce siècle tumultueux.

    Franck Garcia après s’être emparé de la tradition des Vanités ou des Natures Mortes de tableau de chasse, extrait des têtes de sculptures romaines ou les poses de personnages trouvés chez Velasquez pour les approcher au plus près de notre regard en des cadrages en gros plan.

    Les emprunts sont plus directs pour Jo Brouillon : prélèvements dans des œuvres très connues de l’histoire de l’art qui constituent des dessous pour de nouvelles frasques.

    Emprunt ou allusion à certains artistes, d’Edouard Manet à Gérard Gasiorowski, qui hantent le travail de Claude Buraglio comme un inconscient qui travaille les figures et leur ordonnancement à la surface et qui ne se dévoile qu’incidemment, comme si de rien n’était. Peintures « Sous influence ».

    Il y a aussi chez ces trois là du goût pour l’agrégat.

    Franck Garcia est d’abord adepte d’un sujet unique ou de fragments qui pourront être associés en diptyque, ou triptyque lors de l’exposition. Mais quand il lui arrive de constituer une nature morte c’est en amoncelant les choses les unes sur les autres comme en un unique objet.

    Jo Brouillon quant à lui a une véritable prédilection pour les entassements visibles dans son appartement-atelier où du sol au plafond la peinture a tout envahi. Dans les tableaux les couches travaillées différemment se superposent perceptibles les unes avec les autres. Et s’il ressent parfois le besoin d’effacer c’est pour mieux rajouter emplissant les entre deux de nouveaux motifs. Il comble les toiles, les emplit à ras-bord obligeant le regard à des cheminements complexes. De temps en temps l’apaisement d’une surface à la couleur uniforme.

    Quand Claude Buraglio agrège deux ou trois éléments c’est d’abord par le sens de l’œuvre conféré par le titre. Les formes quant à elles, dissociées, se tiennent à la juste distance que les réserves de blanc du papier dessinent. Il y a aussi des découpes d’images en cadrages différents qui viennent se chevaucher ou s’écarter en sutures à peine visibles, pour faire œuvre.

    Claire Paries

     

    Franck Garcia

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                                           Sans titre, dessin 2014                      Sans titre, huile 2014                         Sans titre, huile 2014                              Vue de l'atelier

    Les dessins nombreux, comme les peintures explorent les corps, la peau, la chair, la carnation, sujets de prédilection des peintres coloristes de Titien à Rubens ou Velasquez, de Francis Bacon à Lucian Freud.

    Il s’attache autant à l’humain, têtes, fragments de corps comme ces bras en mouvement dont les corps se sont absenté, qu’à la peau et la chair animale et donc aussi poils et plumes. 

    Des motifs répétés à l’envie : oiseaux, chevreuils, biches ou cerfs, chevaux, têtes de coqs ou de porcs, des crânes, des poissons, quelques essais de fleurs. Ils posent, raidis quelque peu, ou comme à l’étal du boucher. 

    Donner vie à des corps morts, ou tenter de « réanimer » ce qui appartient à un passé lointain, enjeu pas banal qui est l’exploration d’une peinture à « vif ». Tout de la picturalité se tient dans l’acte même. L’exécution est une prise à bras les corps : corps des sujets comme son propre corps de peintre engagé dans l’action. Toute la vivacité des gestes est là en présence. Peindre est à chaque fois une aventure, une prise de risque où tout peut basculer jusqu’au dernier instant dans l’inanité. Seule neutralité, celle des fonds, blancs, noirs, toujours monochromes. C’est bien dans les corps que se tient la peinture, qu’elle s’érige en motif des pleins jours où qu’elle sourd lumineuse des fonds d’ombre.

    Et là il y a simplement la délectation, celle de la couleur entre fluidité résiduelle et hautes pâtes. La touche des dessus emporte en geste brut les clartés lumineuses et happe le regard soutenu des demi-teintes gris rosé, jaune acide ou brun puis des ombres profondes. A chaque fois en gestes qui restent comme juxtaposés côte à côte ou des dessous vers les dessus. Une peinture mouvementée, accidentée, qui ne vise aucun expressionnisme mais bien plutôt un respect du modèle. Et pour ce, Franck Garcia se répète inlassablement en dessins à la ligne épaisse et continue dont il sait garder vivant le jaillissement, en aquarelles fluides qui savent la force contrastante des couleurs. 

    Des corps morts, parfois écorchés vifs, ou extraits de statuaire, ou de tableaux d’un siècle si lointain : autant de motifs qui font taire le bruit du monde pour laisser intacte la seule présence d’une peinture absolue parce que muette.

    C.P.

    Franck Garcia est né en 1971, vit et travaille à Bègles. Il a vécu une dizaine d’années à Paris où, à la suite de ses études en arts graphiques, il a mené conjointement un travail de peintre et de graphiste, s’investissant notamment dans l’édition de livres d’artistes. Franck participe à de nombreuses expositions tant personnelles que collectives.

    Voir le site de Franck Garcia

     

    Claude Buraglio

    < Exposition#14

                                              1                                          2                                                    3                                               4

    1/La tête dans le sac,d'après Géricault,dessin mine de plomb 2014. 2/Dans mon sac 2, papier mâché, 2013. 3/C.B. sous influence 2,Huile sur papier, collage, 2008. 4/ Vue de l'atelier de Claude. 

    Des noirs profonds, lustrés en sac à main ou chapeau, autant de pièces d’abord vestimentaires avant que ne s’y glisse des peaux de banane. Avant tout représentées comme peaux, ce que déclarent les titres : celle d’un Torero mort ou celle de Claude Buraglio elle même. Dans le sac on peut aussi enfouir la tête, mais pour le moment ces deux là restent séparés, tenus à distance par le blanc du papier.

    Nous sommes comme en équilibre, sur un fil matérialisé discrètement mais fermement par les découpes et juxtapositions de fonds différents, dans les intervalles ou chevauchements des éléments travaillés séparément et associés. Nulle évidence ici plutôt comme une parole embryonnaire, comme des bribes qui hésitent au seuil du sens. 

    Dans les lithographies la même distance. Elle est dans un premier temps obligée par les dimensions de la pierre lithographique. La photographie de départ doit être agrandie et découpée en plusieurs phases travaillées séparément ce qui impose un travail en aveugle, un premier écart d’avec l’origine. Au tirage, les encrages successifs de chaque partie peuvent jeter des ombres en noirs plus denses ici ou là, faire gagner en clarté ailleurs. Dans la constitution de l’image finale par collage des parties, de légers décalages jouent comme un trouble léger, à peine perceptible, qui finit d’emporter le regard en incertitudes. 

    Les sujets de Claude Buraglio se répètent tout en se déplaçant qu’ils soient Torero mort ou Olympia empruntés à Edouard Manet, boxeur ou pin up, chapeau d’homme ou chaussure à haut talon, peau ou régime de banane. Jeux distanciés entre deux pôles qui lorsqu’ils ne se situent pas au bord d’un vide, donnent la sensation d’être sur un point de bascule ou dans l’inclination les uns vers les autres. A moins que l’auteur ne s’introduise non sans humour pour un pas de deux sous le titre « CB sous influence ». 

    Claude Buraglio est dans la distance, la retenue et aussi l’économie des moyens. Quand  elle aborde la sculpture c’est avec des objets constitués de papier mâché qui recyclent des journaux choisis : des chaussures « A talons », un « Régime de bananes à moi toute seule », le même associé à un crâne comme une « Vanité». Un travail dans ce qu’est la modestie revendiquée de l’œuvre picturale, la ténacité de la répétition pour mieux se mettre à l’épreuve du sens, la recherche insistante de ce qui fait l’authenticité de sa propre marque, pour mieux se poser à l’écart de soi et ce dans la somptuosité des noirs nuancés, la sagesse d’une ligne douce qui y insiste ou s’absente, dans une couleur savante pour une peau fragile.

    C.P

    Claude Buraglio est née en 1964. Elle vit et travaille à Tonneins (Lot-et-Garonne). Après l’obtention d’un diplôme (premier cycle) de L’ENCP, Cergy Pontoise,  elle fait des études aux Beaux Arts de Paris où elle se spécialise dans la lithographie. Puis Claude répond à des commandes d’institutions et d’artistes. Elle participe à de nombreuses expositions et son travail  est présent dans les collections publiques du (FNAC) Fonds National d’art contemporain, de la bibliothèque nationale de Paris et de l’Artothèque de Nantes.

    Voir le site de Claude Buraglio

     

    Jo Brouillon

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                                           1                                                    2                                           3                                                      4 

    1/les dialogues- «El Grande Patizambo » d’après Ribera, 2013. 2/Main gauche- «Sans titre» Bic crayon de couleur sur papier, 2011. 3/Les dialogues - «Oh mon Watteau » d’après Watteau, 2013. 4/Les Mensonges-Sans titre 28, Série d’après Van Eyck, Acrylique encre sur papier, 2010.

    Jo Brouillon est peut être plusieurs.

    Des Vanités, des Conversations, des Déstabilisations, des Monocouches, des Mains gauches, plusieurs manières, plusieurs types d’images, plusieurs mediums associés ou pas jusqu’aux tracés comme faits à trois ou quatre mains qui se dédoublent en tremblements troublants. 

    Il y a du collage, du dessin savant, du dessin d’enfant, du gribouillis, de la typographie appliquée ou bâclée, rendue illisible, des aplats, des taches en fondus, d’autres d’opacité, de minuscules éléments perdus dans les fonds, des formes affirmées en surfaces de couleurs vives, d’autres contenues à l’intérieur de certaines comme en poupées gigognes, ou des tête- bêches.

    Il y a toutes sortes d’images empruntées à l’histoire de l’art comme à tous les medias. 

    Il y a souvent tout cela à la fois qui assaille notre regard et nous laisse pantois devant tant de prolixité. 

    Alors il faut plonger dans ces univers successifs, où les fonds semblent avoir été effacés en phases successives pour laisser émerger des formes juxtaposées en une syntaxe relâchée à moins que les figures ne s’étreignent en entrelacements d’aplats colorés. 

    Dans certains Intérieurs où les renversements d’échelle persistent, toutes ces surfaces additionnées successivement visibles sont remplacées par une profondeur très accentuée en un champ de vision restreint mais comble et le jeu lumineux d’une volumétrie accentuée. 

    Frénétiquement Jo Brouillon s’attaque à toutes nos images, renversant les chefs d’œuvres par des dédoublements, répétitions effacées de grisaille, et des dessins d’enfants colorés en dessus, comme si se revendiquait innocence et maladresse. Il se défie de sa propre virtuosité en produisant nombre de dessins de la main gauche jusqu’à ce que l’habitude faisant l’habileté ne reprenne le dessus. Un travail de sape de la « bonne »image est ici à l’œuvre, quant elle ne reçoit pas un nez qui s’allonge démesurément : menteuse !

    C.P

    Jo Brouillon est née en 1975. Il vit et travaille à Bordeaux après y avoir fait des études en Arts Plastiques. Il s’installe dans ce qu’il appelle un apartelier, où il expérimente des combinaisons d’objets chinés, de dessins, de peintures, de carnets, de collages, autant de réalisations qui en strate, en pelure, font une seconde peau à ce lieu investit. Jo Brouillon montre son travail lors de nombreuses expositions.

    Voir le site de Jo Brouillon

       

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école,de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

    Voilà les réponses qui m'ont été faites. Merci aux enseignants et aux enfants.

     

    < Exposition#14

    Les choses en plus, classe 3 de l'école maternelle île Bleue.