• Expo12 Poupet Sultra&Barthélémy

    Philippe Poupet, Sultra & Barthélémy, Sous nos apparences

                           Exposition#12          

     

    L'invité et ses invités 

    j'ai invité Philippe Poupet qui à invité Maria Barthélémy et René Sultra

     

    Philippe Poupet dit qu’il est sculpteur de manière classique, il utilise le modelage, le moulage et l’assemblage. Si en effet les procédés sont classiques, c’est plutôt dans ses choix d’objets et dans les détournements qu’il produit que nous sommes surpris. Ses sculptures sont composées de trouvailles formelles issues d’expérimentations, d’accidents mesurés ou fortuits que l’artiste dévoile. ...

    «La modélisation de ces formes issues de la technique de l’empreinte, n’a pas chez lui pour unique but de figurer ou de proposer un objet à voir de façon péremptoire. C’est l’ensemble du processus qu’il considère, accordant toute son importance à l’expérimentation qui agrège et engendre la forme, qui repousse les limites tant physiques que conceptuelles et d’où surgissent souvent la trouvaille, l’accident, tant plastiques que poétiques.»*

    Philippe Poupet vit et travaille à Toulouse et dans le Tarn. Il a participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives. Il a bénéficié d’une bourse d’aide à la création en 1993 et en 1999 et a résidé au Mexique en 2001 puis en Colombie en 2010 et 2012 soutenu par l’AFAA. Philippe Poupet est initiateur de plusieurs oeuvres collectives. Son travail est présent dans les collections publiques des FRAC Île-de-France, Limousin et Midi-Pyrénées.

    *Isabelle Delamont,in catalogue «Effet rétro, la liberté ou les boules?» 

     Voir le site de Philippe Poupet

     
                                   Exposition#12                      Exposition#12

                                     SANS TITRE 2012, balisette,béton,80X50X35cm.             SANS TITRE 2007, plâtre,parapluie

     La technique du moulage, connue depuis la haute Antiquité, est celle qui est associée à la  production  de formes, la copie, la diffusion. Cependant l’empreinte révèle aussi une dimension heuristique et philosophique à celui qui la considère. Pendant le travail, un ensemble de gestes positionne corps et pensée. En ce sens ce n’est pas seulement la réalisation de formes qui m’intéresse, mais la capacité d’un dispositif de travail à générer des intentions divergentes.

    Ce monde en creux, ces formes intermédiaires que propose l’empreinte, avant qu’elle ne soit à nouveau refermée par l’opération de moulage, sont le matériau originaire de mon travail.

     

    Sultra & Barthélémy travaillent ensemble depuis 1990. l’essentiel de leurs travaux sont des opérations de dilatation et d’étirements en tous sens de l’image photographique. Il y a chez eux, l’idée de vouloir constituer une sorte de boîte à outils utilisable sur l’image : création de petits programmes, de micro-mécaniques autonomes qui viendraient libérer ce reflux d’énergie vers l’intérieur qu’impose la photographie. Utilisant des technologies multiples, ils frôlent aussi bien les questions propres à l’architecture qu’à celles du design et fascinés par le mouvement qui favorise les multiples états probables plutôt qu’une image de l’instant décisif. Leurs images s’animent, c’est à dire prennent de l’indépendance, produisent des oeuvres où ils articulent des champs de pensée et de recherche qui touchent à la fois à l’histoire, à la philosophie, à la physique, aux mathématiques, ...

    Leur écriture se construit sur la communauté du langage numérique et se nourrit de toutes ces interactions. C'est une manière pour eux d’ancrer leur pratique dans les questions du présent. Leur travail plastique s’accompagne depuis 2005 d’une Micro Edition Numérique Adaptative "PIPE"qui rend compte, comme se succèdent les versions des logiciels informatiques, de cette pensée en transformation.

    Sultra & barthélémy vivent et travaille à Paris et à Toulouse. Ils ont partcipés à de nombreuses expositions personnelles et collectives. Ils ont bénéficié de nombreuses bourses dont rescemment : du CNC (DICREAM) pour «Le film muet de la parole», et pour «ZIP» et SCAN Rhône-Alpes pour «ET» et «RÉTINA».

    Leur travail est présent dans les collections publiques du FRAC Midi-Pyrénées, du Metropolitan Museum, New-York, du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et du Ministère des Transports.

    Voir le site de Sultra & Barthélémy

        

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     LES RHÉTEURS 

    Les  Rhéteurs  (du  grec   Rhêtôr,  «Orateur»)  dialoguent par deux. Leurs visages sans visage donnent à voir des motifs géométriques qui, à un moment, vont se mettre en mouvement,  selon  des  distances  variables  pour  chacun des visiteurs. Ces dessins colorés, appelés «Stressless» et téléchargés  sur Internet, sont sensés apaiser le regardeur. Ils  viennent   coiffer quatre têtes sans corps et leurs effets optiques avalent le regard, selon le principe de  la fascination. 

    Le verbe voir nous impose intellectuellement comme une direction. Nous dirigeons notre organe vers l’objet, l’environnement, la «chose» à voir. Ils sont «Rhêteurs» parce qu’ils  proposent une autre expérience du voir, un voir qui se porterait sur la figure. Emetteurs d’images ils le sont, comme nous le serions tous de toutes les images qui sont engrangées dans notre mémoire si elle pouvait être mise au jour. 

    Ces petites fascinations optiques opèrent comme un flux télévisuel... «C’est typiquement la télé, une sorte de lavage de cerveau», dit Maria Barthélémy.

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    Vues de l'exposition. (Clic pour agrandir).

     

    Pour chaque exposition j'ai demandé à Claire Paries d'écrire au sujet des artistes invités.

    Philippe Poupet

    Les objets sont refermés sur eux-mêmes, clos en quelque sorte parce que prêts pour un usage défini. L’art s’en est emparé dans un non faire revendiqué : emprunt puis appropriation par un titre une signature et l’objet ready-made du début du 20° siècle de proliférer depuis dans le champ de l’art. Tenir compte de cette leçon là qui date d’un siècle maintenant pour la réinvestir, la déplacer, fait partie des enjeux de la sculpture contemporaine.

    Ici les objets ordinaires : parapluies, outils, balises, planches de bois sont bel et bien empruntés mais pour devenir moule pour faire naître une empreinte ou réajustés en une nouvelle configuration. Ils inventent ainsi leur double, blanc ou noir fantôme, qui leur reste attaché comme pourrait l’être une ombre. Ou ils s’érigent désormais inutilisables en formes dans l’espace.

    Attaché à des règles du jeu déterminées à l’avance, des processus qui permettent une mise en œuvre, Philippe Poupet se joue des divergences, des variations de l’identique, du même.

    Ainsi de l’empreinte qui ne peut exister que parce qu’il y eu un contact direct avec une origine, dont la forme dépend directement d’une autre déjà existante, « copie » automatique mais qui de fait est reconduite autrement par les incidents de la matière, par l’acte de duplication lui-même.

    Il lui arrive d’explorer plus avant ces possibilités en confiant un même programme de travail à un grand nombre de personnes pour l’imprévisibilité des dérèglements, échappées, différences dans les gestes de chacun qui cohabiteront ensemble en un même espace.

    Ou d’une autre manière il opère par découpe et rajustement pour un déplacement de l’objet d’origine.

    Les objets de Philippe Poupet défient leur clôture : ils s’ouvrent physiquement et c’est comme s’ils avaient la possibilité de mouvoir l’espace par leur force propre. Les empreintes de plâtre ou de béton restent attachées à l’objet d’origine laissant vivre l’acte de démoulage partiel. Ce qui rend visible le mouvement de va et vient entre l’origine, parfois retournée, parfois déchiquetée et le double comme excroissance vivace de la première.

    Quand les choses prélevées du monde font bloc, comme un tas de planches, le sculpteur provoque à une extrémité la force d’un dérèglement qui produit des formes zigzagant dans toutes les directions de l’espace, comme une poussée interne irrépressible.

    Quant aux outils du quotidien, qu’ils soient sécateur ou mètre pliant, ils trouvent leur assise au sol pour s’étirer en va et vient, « dessins » dans l’espace : sculptures.  

    Issus de motifs récurrents dans l’histoire de l’art Philippe Poupet décline des crânes comme autant de Vanités ou des moulages de cire ou de paraffine de sa propre tête qui ne sont pas sans rappeler la tradition du masque mortuaire.

    Dupliquée en aluminium, elle se fait « tête en chantier » qui a conservé toutes les structures nécessaires techniquement : forme « pieuvre ». Evidée, comme dévitalisée elle semble se répandre à l’extérieur par les orifices que sont yeux, oreilles, bouches, cou en résille par des forces que retiennent des doigts qui viennent se mettre dans le nez, boucher les oreilles ou dubitatif se poser sur le menton.

    C’est ainsi qu’entre tiraillements et déploiements, les objets qui « s’éclatent » souvent avec humour, jouissent d’eux-mêmes débordants de leur propre vitalité, et de manière jubilatoire viennent chahuter le champ de la sculpture.

    Claire Paries

    Sultra & Barthélémy

     

    Trame d’ombre et lumière l’image photographique exhibe un instant de réalité retenu en une surface à laquelle nous accordons notre croyance. Ces restes fantômes, bribes de vie, peuvent être fouillés. Ces corps pelliculaires mimétiques peuvent être poussés hors de leur apparence grâce aux techniques numériques que René Sultra et Maria Barthélémy travaillent ensemble. 

    L’ordinateur permet l’invention de formes en adhérence avec l’image d’origine sous-jacente. La programmation permet de tirer les fils, extraire une ligne, une plage, l’autonomiser pour la mener vers une forme aux trois dimensions marquées qui viennent s’enrouler dans l’image et en émerger en saillie. Du noir et blanc peut arriver la couleur : il suffit d’une décision humaine de départ pour programmer un choix aléatoire de couleur pour chaque forme. De la photographie surgit alors l’étrangeté d’une épaisseur marquée, d’une volumétrie. Un corps lisse sans accident, une perfection formelle colorée que seule peut accorder une machine : une forme industrielle.

    Certaine images font parfois appel à un inconscient collectif qui nous emporte tous ensemble, unanimement dans une adhésion. Ici nous identifions bel et bien Sigmund Freud, père de la psychanalyse, dans la photographie proposée. Debout, un papier à la main, semblant s’adresser à d’autres, un chapeau discrètement posé sur ce que nous interprétons comme un bout de divan, un papier peint au motif assez dense, autant de détails qui font réminiscence dans nos perceptions codées. Puis l’ordinateur vient se mêler de l’affaire pour faire surgir de ce qui serait une « intériorité » inenvisageable parce qu’enfouie dans une surface, des formes colorées qui viennent se sur- impressionner à la personne représentée. Et voici Freud coiffé, entouré, augmenté de structures colorées de diverses formes qui s’agglutinent à ce corps d’ombre plat, en plusieurs phases et en autant d’images. Parfois une ombre portée par un volume, profonde et sourde, l’enfonce dans la béance des arrières plans.

    Et peu à peu va se projeter en avant un nouvel organisme intrinsèquement lié au premier, engendré de la manipulation informatique qui vient enserrer le corps représenté et qui en serait l’émanation inattendue en solides proéminents, colorés, imbriqués entre eux comme une construction architecturée : Freud organic.

    C’est d’un objet, un heaume choisi pour sa forme ouvragée qui exclut tout les repères d’un visage au profit de petites ouvertures comme autant de marques régulières qui recouvrent toute sa surface, que sont issus Les Rhéteurs. Tourné, formé en moule numérique de tête, paradoxalement privée de bouche il est envahi du motif répété qui assure une continuité de communication intérieur, extérieur sur tout le volume. Reproductible, il va se multiplier puis être nappé d’autres motifs issus de ces effets optiques simples qui nous font percevoir du mouvement dans les formes statiques : illusions d’optique cinétiques.

    Orateurs, ils le sont mais d’une « parole » muette qui peut se faire discrète pour un regard distrait mais qui peut envahir le champ de vision de manière plus obsessionnelle par les flux mouvants qui émanent de ces nappages formels. Produits en grand nombre ils peuvent être réunis en assemblées dont on peut imaginer la force d’incursion. Des projections d’images télévisuelles de nos « orateurs » contemporains que sont les présentateurs, ont été effectuées sur les Rhéteurs : double flux hypnotique qui interroge d’un point de vue social et politique. 

    René Sultra et Maria Barthélémy s’adonnent ainsi à nombre d’expérimentations qui n’excluent pas le champ social. Les imprimantes 3D permettent à l’heure actuelle la concrétisation des images en objets. Il leur arrive aussi de produire des tissages à partir de leurs recherches. Ils s’associent à des partenaires dans des interrogations sur la société contemporaine : participation active de personnes en maison de retraite, ouvriers de chantier, sociologue ou philosophe.

    Claire paries

     

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