• Expo 30 Specio Ladoire

    Olivier Specio, Eddie Ladoire, Chercheurs d'ombre

    Expo 30 Specio Ladoire

     

    Les invités

    C’est une joie de présenter à la chapelle Saint-Loup le travail d’Olivier Specio et d’Eddie Ladoire dans le cadre de la programmation L’invité de mon invité.

    Olivier Spécio est peintre, dessinateur, graveur, écrivain et céramiste, Eddie Ladoire est à la fois plasticien et compositeur. Leurs univers visuel et sonore s’emparent de la chapelle Saint-Loup pour cette rentrée 2019 !

    L’exposition est présentée du vendredi 25 janvier au vendredi 15 février. voir les horaires ici : Actualité

     

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    Olivier Specio

     

      Expo 30 Specio Ladoire  

    Olivier Specio vit et travaille actuellement à Bordeaux. Après des études de communication à Paris, Olivier Specio fait de la rue son premier terrain d’expérience, graffiti, écriture et collage tout en continuant sa formation en art plastique et en histoire de l’art. 

    La peinture devient pour lui une évidence, une peinture figurative et libre qui représente la métamorphose en action. Il ne peint pas l’être mais le passage. 

    Cet artiste aux créations polymorphes, peinture, sculpture, illustration et graphisme, expose régulièrement tant en France qu’à l’étranger. Il enseigne conjointement à l’université Bordeaux Montaigne et à école supérieure d’arts appliqués. À l’origine de la création du collectif d’artistes De Mèche, il en dirige les stages de gravure et de peinture. 

    Il mène un travail d’atelier et se réinvente constamment par un travail d’improvisation lors de concert dessiné ou de performance. C’est d’ailleurs avec cette énergie créatrice qu’il modèle des figures en céramique, qu’il taille ses dessins à la pointe sèche pour ses gravures ou qu’il conçoit des tissus lors de collaborations avec des créateurs de mode.


    Sa capacité d’invention l’amène vers des univers créatifs singuliers. C’est ainsi que son travail s’oriente actuellement vers des déplacements où Olivier cherche les images mentales que lui inspire la nature. Lors de ses déambulations il préserve la vigilance de l’enfance, attentif à tout, dans une pensée exacerbée et brute.


    Prolonger la rencontre en allant voir le site d’Olivier Specio ici : https://www.olivierspecio.fr

     

     

      

    Expo 30 Specio Ladoire

    1/ Trouver, se perdre / charbon de bois / 2018. 2/ Vagues lueurs d’améthyste / huile sur toile / 2018. 3/ gravure / 2018 . 4 /céramique / 2018 .

    Dans chacune de ses oeuvres c’est un bouleversement où le geste brutal et la virtuosité se côtoient. Ainsi, le modelé des figures, inspiré par une facture classique, rencontre la coulure ou l’empreinte. Ailleurs la vivacité d’un trait intercepte les fins glacis. 

    Le loup, la peau, le masque, autant de formes qui reviennent régulièrement dans les peintures, les gravures et les sculptures d’Olivier Specio. L’ombre des choses et des êtres surprend par son altérité, le monstre se déguise intercepté par la lumière. C’est ainsi que la toile de grand format devient l’écran d’une projection où l’intranquilité se dévoile. L’ombre peut être trompeuse, dans le doute, fidèle, on peut en avoir peur ou en sortir, en tous cas si elle n’était pas là, nous ne verrions pas, nous n’entendrions plus ce qui est révélé dans la part de lumière.

    C’est elle encore qui abrite ce que l’artiste fait émerger de la roche ou de l’arbre. Quand il marche et fait raisonner par un simple dessin au charbon de bois, l’éphémère visage, la bête cachée là. Lors de ses itinérances en forêt, Olivier Specio indique les images archaïques de nos rêves et de nos peurs, ces fondements ancestraux de nos mythes.

     

     Eddie Ladoire

     

      Expo 30 Specio Ladoire  

    Eddie Ladoire vit et travaille à Saint-Maixant, près de Bordeaux. Après des études d’arts appliqués, de piano, puis d’électroacoustique, Eddie Ladoire oriente son  travail de plasticien vers l’installation sonore. Il nous invite à repenser nos rapports au son et à l’espace. Ses compositions-installations s’inscrivent aux frontières de la musique concrète et des arts sonores. 

    Cet artiste-activiste est aussi à l’aise dans ses projets d’expositions où le rapport à l’intime est omniprésent, que dans ses productions sonores où il nous invite à repenser nos rapports au son, à l’écoute, à l’espace. La ville, le paysage et le quotidien sont pour lui des terrains d’expérimentation et une source d’inspiration. C’est ainsi qu’il crée par exemple, un paysage sonore géolocalisé pour le Grand Projet des Villes de Cenon, Lormont, Bassens et Floirac, dans l’agglomération bordelaise, qui accompagne les parcours des coteaux de la rive droite de la Garonne.

    Auteur de pièces radiophoniques et de cartes postales sonores, il a exposé dans de nombreux centres d’art ou manifestations d’art contemporain en France et à l’étranger. Il réalise des créations sonores pour des scénographies d’exposition, compose des bandes-son pour le cinéma, des vidéos ou des documentaires et développe aussi des projets numériques (applications « Listeners » pour des parcours sonores géolocalisés).

    En parallèle, il collabore à de nombreux projets éducatifs sous forme de workshop et développe l’outil pédagogique  « Audio Room ». C’est en 2013, qu’il crée Unendliche Studio, une structure dédiée à la production sonore en liaison avec les technologies numériques.

    Découvrir le site d’Eddie Ladoire ici : http://unendliche-studio.com

     


           

     

    Expo 30 Specio Ladoire

    1/2/ Photos E. Ladoire, différents lieux de prise de son . Photo 3/  Feuille d’acier de 5mm d’épaisseur + découpe laser /140 cm x 90 cm/ Exposition optical sound / Galerie Frédéric Giroux / Paris

    Son du dehors, de la forêt qui est maintenant dedans et qui s’installe le temps de l’écoute, 15 minutes. À travers cette pièce créée pour la chapelle Saint-Loup, Eddie Ladoire nous propose des ambiances que nous découvrons dans cet art du temps. Le langage d’Eddie Ladoire suscite immédiatement notre écoute, réclamant un investissement plus grand que celui de notre regard. Il créer une fiction, Inside deep forest, composée de différents temps, de matières, de déplacements dans un paysage sonore. 

    Dans les créations d’Eddie Ladoire c’est le mixage qui est le geste de composition. Il malaxe ce qu’il écoute jusqu’à obtenir des strates, des substances qui font appel à notre mémoire. L’artiste compose une captation d’indices sensibles de cette nature où les sons glissent vers l’étrangeté. Le hors champ de cette production permet d’imaginer des histoires, un conte, une fuite, un mouvement. 

    Le travail expérimental d’Eddie Ladoire, permet de mettre l’auditeur face à un univers sonore qu’il entend au quotidien mais qu’il n’écoute pas.

     

     

     L'exposition

     

    Ça sombre, ça charbonne, ça s’embrouille, ça s’éclaire parfois. 

    Ça souffle,ça craque, ça piétine, ça sourd, ça pépie parfois.

    C’est plein par ce trop plein de la matière colorée qui déborde, coule, envahit, salit. 

    C’est tout le temps, ça ne veut pas s’interrompre : pas de pause.

    Parfois, rarement, c’est peu sur un fond. C’est peu parfois dans un blanc du papier dans quelques dessins et plutôt là où la succession des pages, autorise une chose après l’autre : dans les carnets/livres. Comme si dans ce moment là le dessinateur avait espace et temps suffisants.

    Plus souvent ça vient heurter par l’abondance des motifs ou des contrastes vifs. 

    Là ça ne connaît pas de silence, pas de cacophonie non plus, rien qui assaille l’oreille, l’agresse ou l’oblige vraiment à se tendre. Pas de très haut, pas de très bas, un son comme homogène qui obligerait une écoute continue, assidue.

    Dans beaucoup des dessins, dans les « portraits » en particulier, ça prolifère comme un désordre volontaire, une volonté de mettre la vue sens dessus dessous.

    Seul ce qui est le paysage apparaît comme ce qui s’est sans doute présenté à la vue comme cela simplement, en lui même, nu. 

    Là ça sourd des noirs : des figures émergent dans la virulence des rouges, oranges, ou des bleus et blancs lumineux. Il y a alors quelque chose qui remonte à la mémoire, comme un souvenir des peintres espagnol du 17°. Une lente remontée des couleurs et des lumières depuis un fond d’obscurité, dévolue à l’allégorique, au mystique, qui nous est resté plus ou moins en mémoire. Réminiscences d’autres temps cultivées en soubassement. 

    Ce n’est que du son : ni musique ni parole, juste ce son familier qui nous accompagne partout au point où nous ne l’entendons pas hormis les moments où il finit par trop envahir. Ce son qui entre par une oreille et sort par l’autre d’habitude.

    Sons choisis, captés, extraits, limités, associés pour une durée, une continuité construite pour une diffusion qui dès lors pose un ailleurs aux moments et lieux d’où ils ont été extraits : comme une « fiction ». 

    Une fiction prosaïque, sans effets particuliers, sons bruts captés en extérieur qui entraine vers la promenade, la marche, une traversée. 

    Prosaïque la peinture peut l’être aussi parce qu’on pourrait se contenter de voir simplement des enfants, des hommes, des femmes, des loups, des chiens, des chevaux,des maisons, des paysages, qui font face souvent en poses statiques.

    Prosaïque aussi la manière visible de laisser aller la couleur volontairement dans les glacis de la peinture à l’huile, de former ad minimum, de laisser entrevoir parfois ce qui derrière aurait pu être masqué et de marquer ainsi comme la visibilité d’un repentir qui de fait n’a pas eu lieu. 

    Prosaïque la sculpture dans ces formes-figures colorées comme à peine façonnées qui semblent émerger d’une terre brute, modelée cependant elle aussi. Rappel d’une terre d’origine parce qu’elle retient en elle comme quelques restes, quelques branches d’arbres qu’elle aurait pu porter.

    Les peintures, dessins, sculptures, carnets/livres d’Olivier Specio et l’objet sonore d’Eddie Ladoire habitent le lieu et obligent la perception de l’un, celle de l’autre, de l’un et l’autre rendus indissociables par le dispositif même. 

    L’objet sonore emplit l’exposition où que l’on soit alors que s’exerce le regard amené à circuler dans la succession des formats des peintures, dont certains monumentaux, des dessins en bloc ou en alignement, des sculptures au sol, quand il ne s’agit pas de feuilleter un carnet.

    Il ne veut pas rester un simple bruit de fond, pas plus exister comme ces « musiques d’accompagnement » qui suggèrent, appuient, servent de socle à la vue.

     

     

    Il impose son propre développement : un enchainement qui évolue en différentes phases comme un mouvement d’un point à un autre ; un trajet relativisé par la reprise en boucle qui peut fourvoyer l’oreille, en tous cas l’emporter dans son continuum.

    La seule certitude qui arrive à l’oreille assez vite c’est que cet ensemble sonore, cette image là appartient à ce que le peintre nommerait paysage. Hors ici peu de paysage dans les œuvres exposées, juste quelques dessins et puis cette allusion à la terre et l’arbre ré-agencés en quelques figures au sol. 

    L’oreille va se tendre vers ces sons « naturels». Elle va tenter d’identifier ce qu’elle entend presque par automatisme, parce qu’elle se rend compte assez vite qu’elle connaît ce qu’elle écoute, qu’elle peut le reconnaître. Elle va alors être emportée en suppositions toujours incertaines, tant l’interprétation pas à pas peut varier d’un moment à un autre et du simple déplacement dans l’espace de l’exposition.  

    Le sens abonde, déborde, foisonne : « Inside deep forest » 

    La continuité de l’objet sonore s’adosse à l’expérience de la vue pour qui chaque objet est là l’un après l’autre, présent d’un coup d’un seul, en un instant. 

    Et ici même les choses les plus ordinaires, comme les portraits d’enfants qui jouent à faire des grimaces, ne sont pas représentées simplement. Le peintre y insiste en démultipliant le même en superpositions décalées. Quant à d’autres portraits, la figure elle même devient un dessous à ce qui se déploie en dessus venant comme commenter sa trop simple apparence. 

    La vue se brouille.

    Quand des figures isolées ou groupées se présentent ouvertement dans un face à face statique c’est leur identité qui interroge car elles semblent venir de mondes et de temps différents. Même un chien seul, couché dans les noirs interroge par sa luminescence bleutée.

    La représentation d’une fillette de dos dans la splendeur picturale des blancs de sa robe, tournée vers l’ombre d’un loup dressé qui la surmonte semble vouloir évoquer quelques contes et mythes familiers. 

    Ce que ne confirmeront jamais les titres qui accompagnent les œuvres, qui n’amènent pas plus de précision voire déportent l’attention de ce qui est figuré vers par exemple ici la préciosité d’une couleur : Vagues lueurs d’améthyste. 

    Du coup un cheval de feu porte un roi d’Espagne fantoche fantôme, les gueules des chiens se font dévorantes, les loups sont garous, le petit chaperon blanc est rouge, les têtes des morts poussent au sol, sans compter quelque grise duègne venue d’un autre âge surveillant l’enfant masqué en « doudoune » bleue d’un jour de carnaval ou Moloch en embuscade.

    Le sens « grouille ». 

    L’exposition est ouÏe et vue liées - sens enchevêtrés - instants et durée.

    L’exposition oblige le déplacement - entre deux - physique - sensible.

    C’est toujours ailleurs – flottant.

    C’est incessant – envahissant. 

    Trouble - percutant. 

    Tête à tête - coude à coude.

    De front aussi de fait.

     

    Claire Paries