• Expo 29 Anne-Laure Boyer

    Anne-Laure Boyer, Cartographies du temps

    Expo 29 Anne-Laure Boyer

     

    L'invitée

    C'est une joie de présenter à la chapelle Saint-Loup le travail d'Anne-Laure Boyer. Anne-Laure travaille sur le croisement entre récit de vie, imaginaire collectif et mémoire des lieux. Avec la photo, la vidéo, la cartographie, la collecte de paroles, d’histoires et d’objets, elle s’emploie à créer des résonances entre les vécus des uns et des autres pour rebrasser les cartes d’un imaginaire collectif en mouvement perpétuel.

    L'artiste présentera pour l'occasion, une oeuvre inédite inspirée par la chapelle, Le travail du temps.

    Exposition présentée du vendredi 09 au vendredi 30.

     

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         Vues partielles de l'exposition.© Photo 2 ⌊Adèle Domenech⌋, photos 3 et 5 ⌊Antonio Rodero⌋.

     

    Le papier se plie, se roule, se froisse, se superpose, se déchire et se répare. Il peut devenir sculpture, support de trace, de dessin ou d’écriture. Un papier peut être peint. 
    Il peut constituer une prière, être un journal ou papier d’identité. Sans papier on ne peut rester, demeurer sur un territoire.

    Même si actuellement les images et les textes circulent de façon numérique, le papier est encore le lieu du témoignage, de la mémoire, de la résistance, du secret et de l’archive.

     

    Anne-Laure Boyer 

     

    Expo 29 Anne-Laure BoyerOriginaire de Paris et basée à Bordeaux depuis 2006, Anne-Laure Boyer est diplômée de l’école supérieure des arts- décoratifs de Strasbourg. Après des études en arts-plastiques à l’Université Paris VIII et à l’Académie des beaux-arts de Brera à Milan, son parcours s’est construit autour de résidences d’artistes ou de commandes dans des territoires et des milieux spécifiques.

    Elle a travaillé en France, en Espagne et au Maroc, dans différentes situations de mutation comme la démolition de logements sociaux, la vie en maison d’enfants, le camp d’internement, et les villages engloutis par les barrages hydrauliques.

    « Il y a des gens qui arrivent et des gens qui partent. Des gens qui s’attachent et se détachent, s’ancrent et s’arrachent. De ces mouvements intimes qui nous lient à un lieu, Anne-Laure Boyer tisse une constellation d’architectures provisoires, de reliques et de maquettes, de trésors, de cabanes. Lieux laissés derrière soi, dans le désir ou l’urgence ou bien lieux minuscules, images mentales, objets symboliques sans cesse réinventés pour se créer, partout, des refuges.(…) Cette attention à ce qui s’édifie et à ce qui s’enterre, à ce que recouvrent les bâtiments et à ce qu’ouvre leur disparition traverse toute son œuvre ; sensible aux politiques sociales et urbaines, à la parole des habitants et à leur place dans l’espace des villes — comment ils s’y logent, comment ils s’inscrivent dans ces lieux qui nous transforment à mesure que nous les façonnons. (…) Réactiver. Ne pas se contenter du souvenir mais permettre aux espaces de muter, de migrer vers un autre coin de la mémoire, plus flottant, plus durable aussi puisqu’ils deviennent des pans entiers de nos fictions intimes. (…) Le processus est, en lui-même, un perpétuel déménagement puisque dans la recherche de l’artiste loge, en filigrane, sa propre quête d’un refuge qui se fabrique dans le dépaysement. »

    Hélène Gaudy,

    Architectures provisoires, à propos du travail d’Anne-Laure Boyer

     Prolonger la rencontre en allant voir le site d’Anne-Laure Boyer ici : https://annelaureboyer.com

     

    Établir/ Soutenir / Étayer

     

    Expo 29 Anne-Laure Boyer

    1/ et 2/ Tanaïs & Entropie : le cycle de la chambre verte /2010. 3/ Les Lettres de Rivesaltes / extrait de l’installation /  2016

     

    C’est d’abord une immersion, un temps où l’artiste se coule, pour que le thème initial émerge. Anne-Laure Boyer entame alors un lent processus de construction souvent à partir de restes de la destruction, d’autres fois dans le temps de la transformation. 
    C’est un mouvement entre le temps des choses et le temps des gens. 
    L’artiste opère un engendrement de fragments vivants, avant que les histoires ne se perdent, après la disparition d’un monde. Elle dessine des poésies cartographiques où les repères invitent à de nouvelles rencontres. 
    Artiste pluridisciplinaire, elle invente sans cesse des procédés pour ouvrir un imaginaire. Anne-Laure Boyer nous fait accéder à ces histoires sans chronologie, car elles n’appartiennent plus à aucun espace. Dans l’interstice des mots dans l’épaisseur de récits, l’artiste réinvente des lieux et des formes pour accueillir la mémoire. 
    Anne-Laure Boyer fabrique des traces, transfère la disparition de l’espace à d’autres supports et questionne la conscience du temps.

     

    Le travail du temps

    Expo 29 Anne-Laure Boyer

    Le travail du temps / extraits de la vidéo / 2018

     

    Installation créée pour la chapelle Saint-Loup, composée d’extraits vidéo compilés d’après Internet et d’un assemblage de textes, d’après différents récits de : Esméralda Laborda-Travé, Carole Lemée, Oliver Zuchuat, Monica Real, Michel Battista, Jean-Charles Roncero, Timoté Morin et Raùl Gomez Alvarez.

    La tradition juive invite ceux qui le souhaitent à glisser du papier enroulé exprimant leurs voeux et leurs prières dans les interstices des blocs de pierre du Mur sacré, qui se trouve à Jérusalem. Cette tradition s’est élargie à toutes les religions et chacun peut déposer son message, en personne ou à distance, grâce à des télé-services de fax, e-mail etc. 

    Chaque année, plus d’un million de petits papiers pliés viennent remplir les fissures, et deux fois l’an, ils sont enlevés pour remettre le site en état. Ils sont ensuite enterrés dans le cimetière juif du Mont des Oliviers, conformément à la loi juive qui considère qu’il est interdit de brûler un texte sacré. Ainsi les notes ne sont jamais lues, ni détruites, ni comptées. 

     


     

    L'exposition d'Anne-Laure Boyer, Cartographie du temps

     

     

    Il arrive que les bâtiments passent à la trappe. Certains lieux disparaissent. Parfois on les contraint à la submersion des eaux ou on préfère oublier leur existence ; on les refoule, on les laisse aller dans les envahissements des herbes folles et buissons épineux. 
    Parfois on les détruit volontairement comme s’ils avaient été des non sens, des faux pas. 
    Dés-habités, ils sont d’abord déshabillés. Une fois abandonnés, ils peuvent être visités, démembrés, désossés, dépouillés jusqu’à la friche, qui peut alors devenir un terrain de jeu insouciant. À moins que l’économie, le politique ou la guerre n’engendre leur éradication totale. 
    Ces lieux peuvent être des villages dans les va-et-vient de leur histoire, des immeubles dont on décide la destruction, des villages entiers engloutis pour la construction de barrages, des camps liés à des conflits successifs, des restes d’architectures abandonnées. 
    Issus de ces lieux il restera toujours des habitants déménagés, déplacés, exilés: des hommes, femmes, enfants comme autant de mémoires actives ou souterraines qui cheminent en lignes droites ou en méandres, de génération en génération.

    Anne-Laure Boyer s’intéresse majoritairement dans son travail à ces bâtiments qui sont cette humanité là 
    – ou –
    l’humanité d’Anne-Laure Boyer est ce bâti là avec ses intrications qui infusent en tout son travail.

    Anne-Laure a invité pour l’exposition quelques uns des mondes qu’elle a côtoyé, « réactivé », «ré-inventé » : le camp militaire de Tanaïs à Blanquefort, la démolition d’immeubles. 

    Elle initie aussi à La Chapelle Saint-Loup l’approche d’un nouveau lieu: celui que nous nommons en français le Mur des Lamentations (Le Kotel en hébreu, ou El-Bourak en arabe, ou Mur Occidental) à Jérusalem. Ce mur millénaire dans lequel on vient glisser des papiers sur lesquels sont inscrits prières, souhaits, confiés aux anfractuosités et fissures, aux jointures des pierres. Acte religieux, sacré, mystique, de spiritualité ; geste partagé, public mais qui gardera son secret. 
    Anne-Laure Boyer est attachée aux récits de vie, aux lettres qu’on lui confie et donc sensible à la vie de ce mur. Pour aborder ce nouveau travail elle monte des images trouvées de mains déposant leurs mots dans le mur de Jérusalem. Puis d’autres mains viennent retirer les papiers débordants, les ôtent, les délivrent de la pierre, les balaient. Les inscriptions ainsi dispersés, parfois dévoilées, sont vouées à la perte. 
    A moins qu’en une échappée des images, les papiers usés de diverses natures, n’atterrissent sur le sol de la chapelle en couches légères et transparences, porteurs de joies ou regrets, prières, demandes, incantations ou présages, rêves, injonctions ou simple mot. 

     

    Envol et flottement momentané pour un dépôt fragile comme le sont des confidences ainsi dévoilées en une fiction qui vient renverser une situation existante.

    Ce que peut produire un travail de retournement des images, qui dans sa retenue même, interroge notre sensibilité sur la réalité de faits inéluctables, sur ce qui est autoritairement décrété et exécuté.  
    Ainsi de la délicatesse d’une pelleteuse qui rassemble des gravats dispersés, un bras mécanique comme humanisé qui lentement colmate, raccommode, le bleu d’un mur. 
    La destruction d’un l’immeuble devient alors réversible sans qu’il ne revienne pour autant à son état d’origine : un revirement qui propose une mutation. 
    Une autre forme de re-construction d’un bâtiment vidé pour sa destruction imminente est édifiée à partir de cadrages photographiques en coïncidence d’un étage à un autre. Ils donnent lieu à un empilement architectural dont les séquences délivrent les progressions : des premiers moments d’abandon aux premiers actes de destruction . 
    Ce qui a disparu est retenu dans ce qu’auront été les gestes successifs d’anéantissement pour fonder en sa hauteur projetée de 55 MÈTRES la vitalité d’un récit imagé qui révèle ce que les habitants n’ont pas vu (ce qui est une partie de ce que l’artiste a partagé avec eux dans un long travail de collaboration et d’échanges). 
    Anne-Laure Boyer travaille principalement en résidence, c’est à dire qu’installée dans un lieu elle côtoie longuement ceux qui l’habitent. Elle les approche, les sollicite, récolte objets, textes, images, interviews, vidéos. Les projets s’alimentent des rencontres, des déplacements, s’aventurent sans à priori et devront trouver leurs formes de présentation spatiale. 
    Anne-Laure use de bien des moyens dont les supports sont souvent comme ici de papier (dépliants, livrets, cartographies imagées y compris). 
    Elle agrège dedans et dehors, apparences et intériorités, ce que sont états des choses et mémoires humaines.

    Il lui arrive de s’installer quelque part, y travailler puis d’abandonner l’oeuvre au temps, aux, intempéries, revenir sur place et découper, replier, emporter. Ce qui s’est passé lors du workshop mené avec une quinzaine d’étudiants dans l’ancien camp militaire de Tanaïs à Blanquefort. Aujourd’hui elle recourt à ces grands papiers abîmés, détachés, manipulés, roulés, recueillis. Déposés en une configuration qui ré-invente le lieu elle oblige une nouvelle déambulation dans la Chapelle Saint-Loup. Un bâti léger, fragile, ménageant couloirs, portes, fenêtres, écrans, passages et stations, qui construit l’exposition jusqu’au chœur où s’esquissent au sol paroles, phrases, écrits, accueillis, hébergés ici.

    Claire Paries

     

     

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école, de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

    Voilà les réponses qui m'ont été faites. Merci aux enseignants et aux enfants.

     

    Expo 29 Anne-Laure Boyer

    Chacun son intérieur . Crayons de couleur, feutres sur papier. CM1.

     

     

    Expo 29 Anne-Laure Boyer

     Maison, avec ce qu'on a. Moyenne et grande Section.