• Expo 28 Paries Adenis

    Claire Paries, Justine Adenis, Dégager la vue

    Expo 28 Paries Adenis

     

    Les invités

     

    C’est une joie de présenter à la Chapelle Saint-Loup le travail de Claire Paries et Justine Adenis, autour d’un dialogue généré par cette exposition Dégager la vue. Les deux artistes y croiseront des points de vues autour du paysage et du fleuve. Celui qui vécu chaque jour devient substance picturale, matière en mouvement et traversée d’une réflexion sur la création.  

    Dégager la vue de tout ce qui encombre pour s’occuper d’imaginaire, d’espace abstrait et pour ouvrir des pensées simultanées.

    Pour cette exposition j'ai invité Christian Sutra, écrivain, amateur d'art, collectionneur et ami à porter son regard sur le travail de ces deux artistes, je le remercie ici chaleureusement pour cet exercice de style.

    Exposition présentée du 27 avril au 17 mai, voir les horaires ici dans: Actualité                     

     

     

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    Vues partielles de l'exposition, © Laurent Jackel

     

     

     

    Expo 28 Paries Adenis

     

    Claire Paries

     

    Claire Paries vit et travaille au bord de l’Estuaire, à Bayon-sur-Gironde. Peintre avant tout, depuis le début des années 80, son travail s’oriente en différentes recherches picturales pour lesquelles elle privilégie le support du papier. 

    « Un intérêt exclusif pour la peinture, comme si en sa seule surface elle pouvait contenir le monde, ce qui bien entendu est illusoire, simple histoire de bon sens, de relation d’un contenant à un contenu...»

    L’artiste collabore à des éditions pour lesquelles elle réalise les illustrations. Depuis 2016, à raison d’un livre chaque année, elle réalise une collection de livre pour enfant : un livre pour Nino, chacun étant consacré à quelque chose de l’art. Claire Paries a participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives et est invitée dans différents salons du livre.

    Agrégée d’arts plastiques, Claire collabore depuis 2012 à la présentation des expositions de la chapelle Saint-Loup.

    Dans l’exposition Dégager la vue, elle présentera des dessins et des peintures réalisés depuis 2015, autour de ce qu’elle intitule les Paysages d’ici

    Prolonger la rencontre en allant voir le site de Claire Paries ici : http://www.claire-paries.fr

     

     

     

     

       

    Expo 28 Paries Adenis

    Crayons de couleur sur papier, 30 cm x 21 cm,  2017   Acrylique sur papier, 150 cm x 105, 2017        Acrylique sur papier, 150 cm x 105, 2017         Acrylique sur papier, 150 cm x 105, 2017

     

    Claire Paries a commencé à peindre à une époque qui prétendait que la peinture était morte, « une chose du passé ». Elle finira par en déduire que tout et n’importe quoi peut être peint. C’est souvent en série qu’elle s’attaque au sujet, l’étudiant par tous les bouts, s’approchant puis s’éloignant, à l’aide de prises de notes photographiques et de dessins préparatoires. Puis le travail de peinture commence avec des règles du jeu à déterminer au préalable, un format, une technique de travail qui est à trouver à chaque fois. Claire construit ses peintures en faisant de la couleur la source de toute forme.

    C’est ainsi que dans la série Paysages d’ici, paysages de l’estuaire Gironde, puis de l’Adour, l’artiste fait naître l’imaginaire d’un paysage jamais vu, assemblé par la logique formelle colorée.

    «Habiter l’Estuaire de la Gironde c’est en vivre le paysage intensément, quotidiennement.

    Vouloir le peindre a nécessité d’opter pour le moyen le plus modeste, les crayons de couleur et la concentration en un petit format. Puis tenter l’aventure en peinture. Là, passer au grand format qui au départ s’appuie sur le petit dessin coloré, très vite oublié une fois pris les premiers repères.»

    Pour cette exposition Claire Paries visite le film Un fleuve de Justine Adenis, elle en prélève des plans et redéfini des cadrages pour une série d’aquarelles en petit format où la couleur s’intensifie. Dégager la vue pour découvrir la peinture.

     

     

     

     

    PAYSAGES D'ICI

    Il y a toujours eu une évidence de la couleur dans le travail de Claire Paries.
    Aujourd’hui son regard interroge une réalité vue et la possibilité de sa représentation en peinture qui : « ne retient presque rien des choses, pas même la ressemblance (…) elle produit des surfaces, des faces additionnées, superposées, instables et en devenir parce que soumises au regard ( ... ) »

    Les Paysages d'ici est une recherche qui pourrait être recommencée indéfiniment comme le cycle des saisons et des jours sur l’estuaire de la Gironde, parce qu’aussi ce pays si mouvant à tous points de vue est pour elle un lieu de vie.
    La réalité des choses est passée au filtre d’une photographie lors de promenades puis du dessin en petit format.
    La série au crayon de couleur garde les angles de vision, le cadrage fait autant vers le haut que vers le bas. Elle insiste sur les eaux et la friche industrielle, des étendues de territoire antagonistes peut être, mais bel et bien présentes là ensemble.
    Les images sont momentanément fixées en une première version mais remises immédiatement à l’épreuve d’une autre version possible.

    De là sera ensuite abordé le grand format en peinture alors que la vue d’origine a été peu à peu oubliée.
    Les premiers dessins repris en un même grand format pour toutes les peintures sont radicalisés en une « géométrie » mûrie par le travail précédant.
    Puis l’aventure est guidée par le chromatisme, l’ajustement progressif de couleur à couleur, les épaisseurs et liquidités, les gestes qui superposent, effacent en partie, laissent transparaître, accumulent les couches, progressant peu à peu avec ce qui n’a pour faire que rencontres et confrontations de surfaces colorées où rien ne doit être privilégié. Tous à la fois ils questionnent et amènent lentement à une forme habitant sa propre cohérence ce qui a été pays, devient paysage au sens d’origine du terme et qui ici pourrait être décrit comme l’essentialité d’une géographie temporaire de l’estuaire.

    La représentation est tout à la fois statique et mouvante, transparente et dense, vraisemblable et irréelle. Le végétal vert bouteille semble être fixé pour de bon et les eaux violette à leur place puis la lumière tourne au jaune d'or. Le trait chromatique s'allège. Le fleuve alors regagne de l'étendue, ses eaux s'opacifient des bleus des profondeurs sauvages comme sur un mystère et au loin les grands réservoirs et le territoire des hommes s'effacent. Les eaux avancent en traits biseautés avec la lumière déclinante d'un ciel tournant au gris ardoise. Maintenant, la saison a changé, c'est le printemps.
    En bord de fleuve, la circularité du blanc et du bleu d'un ciel composite révèle un paysage clos, comme lové sur lui-même. Plus de réservoirs ? Pas si sur ! Tout est en équilibre aimablement contrasté : les surfaces du ciel, de la terre et de l'eau, leurs lignes et la complémentarité des couleurs. Nous voyons bien une réalité mais par un effet de bascule qui s'opère par le trait épais vert central, une autre, à présent, fantasmagorique, nous apparaît. Cet élément étiré sur le plan bleu des eaux tient de la limace et de l'escargot : « un limacargot ? ». Il coupe le fleuve et l'espace du tableau en deux et sur la berge, plantes et arbustes, créatures devenues animales et carnavalesques, attendent la tombée du soir sur le ventre du fleuve : motif et narration des couleurs.

    Pour Claire Paries, le jeu des couleurs est un jeu sérieux : il déplace ce qui a été là. Il prend ce qui est devant les yeux, conserve quelque chose du caractère réel des choses mais aussi invente quelque chose d’autre qui peut différer l’émotion ou la poésie que les Paysages d'ici recèlent quand ils sont observés face à la pointe du Bec d'Ambès ou plus récemment des bords de l'Adour et des friches industrielles de la ville.
    Là, se trouve son paysage d’élection qui est un paysage d’origine : les fleuves et l’industrie portuaire. Pour elle, un fleuve a toujours été présent à proximité mais le choix de sa représentation en peinture est récent : un consentement à la simplicité des motifs à peindre.

    Il nous faut nous spectateurs, voir les séries de dessins et les grands formats et puis « lever la tête » comme disait Barthes pour l'activité de lecture.
     Dégager la vue pour à la fois nous détacher du souvenir, de la réalité des choses vues et connues pour entrer dans la peinture qui montre autrement les paysages bien réels des eaux et terres d'ici.

    Christian Sutra
    Claire Paries

     

     

     


     

    Expo 28 Paries Adenis

     

     

    Justine Adenis

     

    Justine Adenis vit et travaille tout près de la Garonne, à Floirac. C’est vers la fin des années 80, alors étudiante aux Beaux-arts de Bordeaux, que Justine décide d’explorer l’outil vidéo. S’affranchissant des catégories traditionnelles, elle construit son langage, où elle y incorpore ses connaissances de la peinture, de la photographie, du dessin, du cinéma, de l’histoire et son amour pour la littérature. Ces premiers films personnels seront des lettres vidéo basées sur un travail d’écriture toujours renouvelé depuis. Justine Adenis utilise des modes de représentations multiples de l’image réelle, à l’animation 3 D en passant par l’installation.

    Depuis 1993 la vidéaste a réalisé pour la ville de Lormont des films institutionnels, des reportages et des documentaires, notamment pour les expositions sur les plasticiens exposés au Pôle culturel. Conjointement elle a été productrice de plus de 150 films réalisé avec les enfants en atelier de pratiques artistiques.  Elle est intervenue régulièrement à la chapelle Saint-Loup, pour créer les archives vidéo de ses expositions.

    Dans l’exposition Dégager la vue, Justine Adenis présentera des films vidéos de différentes périodes et des peintures, un autre travail sur l’image. 

    Prolonger la rencontre en allant voir le site vimeo de Justine Adenis ici : https://vimeo.com/user11440574

     

     

     

     

     

     

     

     
       

    Expo 28 Paries Adenis

    Extraits de peintures dans l’atelier                    Extrait du film Lettre à Marie-Josée 1990      Extrait du film Un fleuve 2014                               Extrait du film Cordouan 2018                    

     

    Ça commence déjà avec la lettre à Marie Josée 1990, où Justine Adenis invente les formes et le contenu en interrogeant d’emblée le statut de l’image. Le texte, la lumière et l’ombre, les images, les cadrages, les plans, toutes ces idées qui volettent et qui sont rassemblés par l’écriture et par la voix de l’auteur. 

    «Ce qu’il faut savoir, c’est qu’écrire ce que l’on pense est beaucoup plus long que ce que l’on pense» écrivait-elle plus tard en 2003. 

    Pour Justine le principe de mélange d’images de différentes sources ou supports a toujours existé. Elle conçoit ses captations en explorant tous les vecteurs d’images et utilise des modes de récits différents. C’est ainsi par exemple que dans le film Un fleuve 2014, Justine tente de réunir les deux rives du fleuve par différents montages en mosaïque, ou en filmant les deux pages en vis à vis d’un livre ou encore par d’une tentative tragi-comique, où on la voit dessiner, plier puis coudre et enfin froisser une image/plan. 

    Les images peuvent se télescoper sans qu’un rapport immédiat soit explicitement établi si ce n’est par la voix de l’auteur qui porte les récits. Parfois elle emprunte la forme documentaire, puis déplace le sens des images vers une dimension critique, pour dériver vers un sens poétique.

    Les films de Justine Adenis sont des morceaux de vie, ils se construisent longuement, nourris de ses recherches et de ses interrogations. 

    Les trois films montrés dans cette expositions déploient le territoire de ses reflexions, le fleuve en est le lien. Dégager la vue pour atteindre l’ouverture. 

     

     

     

     

    UN FLEUVE

     « Je marche seule sur le chemin qui marche » : un fleuve, la Garonne qui traverse une ville, Bordeaux . C'est l'objet pour Justine Adenis d'une vidéo qui a une double intention : une narration factuelle qui documente en partie, connaît l’histoire et une poétique qui « embarque » ailleurs. 

    Il est un tissage de séquences, de plans et de mots cousus ensemble en toute subjectivité :
    « Fleuveau, Flots, Coteau, Couture, Cloteaux ». Pensée vagabonde et rêverie au miroir des eaux qui se clôt en poème.

    La vidéo alterne : des plans fixes isolés ou assemblés les uns aux autres, des plans défilant au rythme des débits d’eau ou des déplacements humains, de la 3D et du dessin d'animation pour nous expliquer le régime complexe et souvent brutal du fleuve et même une tentative de jointer deux rives par la « couture » d’une image photographique, soudure improbable même par ce biais fictionnel qui échoue « en boule ». Justine Adenis s’essaie à la chambre claire pour dessiner la façade lumineuse de la Place de la Bourse comme pour se confronter à la tradition laissée par les gravures anciennes. Il y a là comme une volonté d’embrasser toutes les possibilités de représentations en des actes variés.

    Les collages/assemblages des prises de vue alternent en des plans linéaires qui filent ou des plans juxtaposés horizontalement et verticalement en des croisements variés des eaux, des façades, des quais, des ponts qui enjambent. Un dispositif requis pour rendre le rapport de forces changeant entre la ville et le fleuve. L’espace représenté se trouve morcelé et réassemblé parfois en catégories : des ponts, des habitations, ou des couleurs variables des eaux.
    Il y a les cadrages hauts et bas, parfois caméra à l'épaule, et ça tangue. Le rythme de la masse des seules eaux s’oppose aux diverses modalités de circulations humaines sur les ponts qui l’enjambent.

    Dans le film, « la tasse salée » est la métaphore qui amorce l'histoire de Bordeaux, port négrier, histoire que l'on cache, ombres et lumières. Elle est aussi le goût du fleuve que Justine Adenis a traversé à la nage. L’assemblage suit le courant, par dessus et par dessous les pont, entre les arches, le long des quais et de la route du bord de l'eau, celle des talus verts et « des petits ziozos ».
    Contre les culées, le fleuve est limoneux, bouillonnant. Au flanc du coteau, il n'est plus contraint et s'expose en nappes ardoises ou sanguines. Il affleure en laisses d'eau caressantes et claires. Des temps de pause longs ou très brefs ralentissent ou saccadent le regard, rythment des images perdues puis retrouvées comme la peau et la matière du fleuve si changeantes.
    Entre ciel et eau, eau et terre, il y a des unions.
    À la beauté architecturale des façades du dix-huitième siècle s’opposent les miroitements mouvants des eaux inondant le quai, en reconquête du territoire perdu. Lui, a son rythme propre, reste sauvage y compris dans ses couleurs : ardoise ou limon ou émeraude ou encre.
    Les hommes bétonnent, asphaltent, macadamisent les rives, jettent des ponts toujours plus nombreux pour circuler à grande vitesse, croient le domestiquer. Cycliquement le fleuve se venge, s’impose.

    L’objet privilégié par Justine Adenis est aujourd’hui issu de la rencontre d’eau, toujours mouvante au gré des marées des saisons et du temps météorologique et d’architectures humaines plus immuables par définition.
    La vidéo re-découpe les mouvements des temps et des espaces de ce qui a un moment donné a existé filmé en continu. Elle est par le montage particulier ici à la fois un continuum, une durée, mais aussi des allers vers ou des retours au même, des sauts, des sursauts, des superpositions en faux miroirs, en déplacements et immobilités juxtaposés, des images répétées presque à l’identique, parfois recadrées ou en assemblage à d’autres et ainsi différées. Les rythmes alternent, allant de la vitesse des déplacement humains qu’ils soient à pied ou motorisés à l’arrêt sur image.
    C’est pendant le montage des images que se compose le texte écrit et dit par Justine Adenis dans un débit de la voix qui pourrait être celui, lent ou impératif, des flux et reflux des eaux.
    Les vidéos « agissent » autrement ce qui est là sous les yeux, ce qui rejoint là le travail du peintre qu’elle est aussi

    Les peintures de Justine Adenis présentées ici s’originent du souvenir d’enfance.
    Des scènes narratives, des situations vécues, saisies en de nombreux dessins au trait ou dans l’ombre crayeuse du fusain qui restent enfermés dans ses carnets. Pour certains autres la tache, la saturation, l’absorption des papiers qui hâtent le geste. Tous semblent vouloir apprivoiser lentement les scènes photographiées il y a bien longtemps.
    Le passage au grand format oblige des choix techniques : il faut que ça glisse, que le geste ne soit pas entravé. La nécessité fait choisir un papier d’affiche brillant et lisse et une peinture à l’huile.
    La mémoire des dessins permet d’engager les gestes larges, rapides en une énergique caresse de bruns terreux parfois rugueux à force de recouvrements.
    Il y a d’abord l’inscription de la scène par un motif architectural, un cadrage resserré ou des juxtapositions qui peuvent mener vers l’étrangeté. Ensuite les choix progressifs de la juste émergence de ce qui des figures doit se livrer à la clarté de la réserve du papier alors que les bruns superposés revenant sur eux mêmes vont densifier jusqu’à la brillance de la matière des zones totalement obscurcies, comme occultées. C’est dans les contrastes entre la clarté des réserves, les sombres densités des surfaces, la légèreté des traces du pinceau conservées que le regard doit se glisser et découvrir presque par effraction les représentations dont certaine opèrent par séries.

    Christian Sutra
    Claire Paries

     

     

     

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école, de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

    Voilà les réponses qui m'ont été faites. Merci aux enseignants et aux enfants.

     

    Expo 28 Paries Adenis

    Jus, glacis et matière colorée, essais de transparence. Gouache sur papier. Moyenne et grande Section.