• Expo 23 Torres Feillou

    Agnès Torres, Anna Feillou, Gestes, sans fin

    Expo 23 Torres Feillou

     

    L'invitée et son invitée

    J’ai invité Agnès Torres qui invité Anna Feillou.  

    La chapelle Saint-Loup est le lieu d’une rencontre entre ces deux femmes, l’une plasticienne, l’autre réalisatrice de films documentaires,  où chacune interroge l’acte créatif de l’autre. Cette exposition est aussi le lieu d’un croisement de sens où les gestes sans fin d’Agnès - matérialisés par ses installations, ses dessins et ses photographies et ceux d’Anna - renouvelés pour une autre lecture de son film intitulé Éffacée/Borrar, s’accompagnent pour former un tout.

    Chacune construit l’espace entre le temps, des accumulations d’instants, de gestes et de rythmes pour échapper au néant.

    Le film d’Anna Feillou Éffacée/Borrar sera diffusé deux fois durant le temps de l’exposition à l’atelier du prieuré attenant à la chapelle : Une première fois le soir du vernissage, le vendredi 27 janvier, séance à 20h et une autre le dimanche 5 février, séance à 16h. Durée du film : 56 mn.

    Expo 23 Torres Feillou

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    Quelques vues de l'exposition.

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    Agnès Torres

    Agnès Torres vit et travail à Bordeaux. Après une formation de danseuse, elle s’oriente vers les arts plastiques, d’abord à l’École des Beaux- Arts d’Angoulême puis obtient un Master en Arts plastiques à Bordeaux.

    Elle participe à de nombreuses expositions tant personnelles que collectives depuis 1994. Son travail est présent dans les collections publiques et privées.

    Fondatrice de l’association Diffractis qui depuis 2006 en Gironde, Agnes s’attache à proposer au public des temps de rencontre avec l’art et les artistes de manière nomade, et dans des lieux intimes.  

    Cette artiste sensible aux problèmes du monde, s’est par ailleurs engagée dans le débat d’idées par sa participation de longue date à l’Association des Amis du Monde Diplomatique. De manière plus spécifique, en tant qu’artiste, elle a inscrit l’association Diffractis dans le soutien à des organisations telles que la FRAAP (fédération des associations d’artistes plasticiens) et le CAAP. Ces champs de réflexion l’ont amenée à organiser 2014, une série de workshops intitulés « Mais que mangent les artistes? » et constituent la base d’un travail à plus long terme d’entretiens et d’images en cours. Dans la même logique,elle s’est engagée dans le collectif Cum Mensa dont l’objet est de travailler artistiquement sur les problématiques liées à la place de l’art et de l’artiste dans la cité.

    Enfin, Agnès Torres pratique le chant, la musique électroacoustique et le yoga qui sont devenus pour elle des outils complémentaires d’ancrage dans le sensible.

    Prolonger la rencontre avec ces sites > http://www.agnes-torres.eu   http://diffractis.fr   https://mqmla.wordpress.com

     

    Expo 23 Torres Feillou

    1/ Armure de chine, détail. 2/ Dessin. 3/ Pallium, Fil de coton et tulle, détail. 4/ Dessin, détail

    Agnès dessine, brode, grave et photographie autre chose que les choses, ou alors de toutes petites choses et les fait devenir autre chose. 

    Par accumulation de gestes elle organise des fragments et s’intéresse à leur déformation continu. Les incidents que l’on perçoit, comme un laisser aller de la main qui dessine et s’écarte un moment du chemin initial pour ensuite retrouver l’organisation première, insuflent une vitalité à chaque élément du dessin. Le mouvement et la vibration de chaque structure dessinée pourrait se répandre de façon exponentielle au delà de la feuille. 

    L’artiste « marque la limite en cachant la rupture », c’est ainsi que la déchirure d’un espace, qui est matérialisée par une broderie blanche, vient désigner l’ouverture alors que le support reste intacte mais qu’il s’en trouve transformé. D’autre fois elle investit l’espace en le revêtant d’une surface presque organique, rythmée de broderies et de tranparences, engageant le regard à s’accommoder. 

    La minutie des œuvres conçues par la plasticienne transfigure son rapport au temps. Agnès Torres propose de concevoir le monde à travers sa surface, sa peau et lui prodigue des soins, des extensions, soigne ses cicatrices, referme ses ouvertures. Elle investit la matière en déposant par ses geste sans fin les vides et les pleins des surfaces explorées.

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    prendre le temps,

    trouver le rythme,

    persister.

    un trait après deux autres puis recommencer après un intervalle
    un trait après deux autres puis recommencer après un intervalle
    un trait après deux autres puis recommencer après un intervalle

    emplir une surface jusqu'à sa limite
    emplir une surface jusqu'à sa limite
    emplir une surface jusqu'à sa limite
    emplir une surface jusqu'à sa limite
    emplir une surface jusqu'à sa limite
    emplir une surface jusqu'à sa limite
    emplir une surface jusqu'à sa limite
    emplir une surface jusqu'à sa limite
    emplir une surface jusqu'à sa limite

    Croix à croix ou trait à trait ou ellipse à ellipse ou...
    Comme une addition de cellules
    qui inscrit une forme ou son absence même parce que ne trouvant pas d'arrêt avant d'avoir empli un format.
    Elle invente de la répétition un voile léger au papier d'origine.
    Un derme. 

    Absorbée dans la régularité du geste elle densifie, ou s'écarte, évide, laisse une béance.

    Arrive la palpitation.

    Un ensemble instable pour le regard qui veut bien s'y absorber:
    des pulsations,
    présentes dans les photographies attachées à la régularité d'un rythme rencontré.

    Des échos différés colorés en dessus,
    pour une mue.

    Elle étend discrètement un texte sans début, sans fin, sous une ligne d'images,
    fil déroulé du verbe.

    Fil crocheté, tricoté, point à point qui monte, descend, s'évase, se déploie à
    partir de l'un aditionné au même. Elle ne veut pas en connaître la fin, invente
    un être vivant.

    Un organisme léger et aérien en suspension

    dans l'espace

    une dentelle ponctuant

    la lumière.Les fils d'un assemblage débordent.
    Les sutures visibles rendent sensibles l'addition des moments,
    comme un énoncé du temps.

    Elle dépose, laisse de côté, abandonne et retrouvera peut être,
    formera à nouveau, reconduira ailleurs en d'autres lieux.
    Maturation pour une croissance.

    Elle coud au fil noir sur un tissu abandonné, découvert, donné.
    Les carrés imposent à la clarté greige de la soierie une grille comme une couche
    en dessus qui produit une disparition partielle de l'origine.

    Effacer pour vivifier. 

    Claire Paries 

     

     

    Anna Feillou

    Anna Feillou vit à Bordeaux. Après des études en sciences économiques, des rencontres décisives l’ont conduite par glissements successifs vers le Cinéma. Au sein du Collectif Têtes à clap, puis de l’Atelier documentaire de La Fémis et de la Résidence d’écriture de Lussas, son goût pour le cinéma documentaire s’est développé au fil de différentes réalisations collectives et personnelles. 

    Elle est l’auteur, depuis 2004, de plusieurs films documentaires tournés en Europe et en Argentine et dont certains Un exil espagnol, Jacques, Jean-Bernard et Jean, et Aux Capucins ont été diffusés à la télévision. Effacée/Borrar, produit par la société bordelaise Marmita films, a notamment été présenté lors du Festival de Cine inusual de Buenos Aires en 2015. La façon dont les individus s’inscrivent dans le monde (par la lutte, l’exil ou encore la mise en retrait), ainsi que le rapport entre désir individuel et mouvement collectif sont des motifs qui habitent son travail.

    Active au sein d’ATIS (association des auteurs de l’image et du son de la Région Nouvelle-Aquitaine) elle participe à la mobilisation de la Boucle documentaire qui rassemble les associations nationales et régionales d’auteurs-réalisateurs autour de la défense du Documentaire de création. Elle est lectrice pour la Bourse Brouillon d’un rêve documentaire de la SCAM, et a co-rédigé avec Elisabeth Clément pour Films en Bretagne la publication professionnelle « Production documentaire, un regard hexagonal ». 

    Actuellement, elle prépare un film, provisoirement intitulé La Digue, dans un territoire situé à la jonction de l’Adour et de l’Océan, des Landes et du Pays Basque, et porteur d’une forte histoire sociale et industrielle.

    Gestes, sans fin constitue, sur l’invitation de la plasticienne Agnès Torres, sa première participation à une exposition d’art contemporain.

    Prolonger la rencontre,  http://www.auteurs-aquitaine.fr/anna-feillou/

     

    Expo 23 Torres Feillou

    Quelques images extraites du film Effacée / Borrar

    Effacée / Borrar

    Anna Feillou est amoureuse de Buenos Aires. Sur une période de dix ans, elle filme les habitants, les rencontres, l’ambiance de cette ville. Ce film est d’abord fait de la matière vivante de cette capitale, les sons, les bruits et les musiques, les regards, les mouvements, l’anonymat et puis l’intime du contre-jour, de la chambre. Le récit se construit d’après une nouvelle écrite par Anna. À travers la voix de l’auteur, dans la langue du lieu, s’installe une transparence, une prose poétique plus large qui le sous-tend. Ce film documentaire est né de la volonté d’offrir le visage cinématographique d’un texte littéraire : l’histoire d’une femme qui, peu à peu, s’efface du monde.

    « Cela commence dans les cafés, où les serveurs ne la voient pas. Puis ses mots se mettent à perdre leur poids, devenant inaudibles pour le reste du monde. Ce sont ensuite les objets qui se dérobent à sa prise : elle en perd les contours, le son, le goût…»

    Anna Feillou filme de près l’oreille de l’amoureux, le corps des danseurs de tango, filme de loin la ville bruyante, le geste de ceux qui passent dans l’encadrement d’une fenêtre. Elle photographie l’intimité ténue dans la pénombre préservée, maintenue par le temps d’une image fixe. Elle capte la découverte, l’étrangeté d’un pays à travers les lumières d’un voyage.

    La réalisatrice rythme son film d’une conversation avec l’amie comme une ode à la vie.

    Le texte devient une expérience sensible pour considérer la perte de tout ce qui est là.

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    Des villes traversées: elle marche au long des rues, circule en voiture, navigue, se projette depuis la fenêtre vers le ciel ou le sol, se mêle à la danse, s'arrête aux nombreux carrefours, sur une place, dans une cour intérieure ou prend le temps sur une terrasse.

    Elle contemple les eaux:
    le fleuve déroule les bateaux.
    La mer s'immobilise.
    Elle est absorbée,
    par l'écoulement des flots, les voix tranquilles d'un échange, la suavité d'un tango, les claquements aux vents, les trottoirs bruyants des foules, les vrombissements et klaxons des voitures, autobus, mobylettes, le vacarme de l'amour.

    Elle dit le texte écrit, elle donne sa voix, c'est bien elle,
    elle se nomme.

    Elles s'installent de part et d'autre de la table sur la terrasse ensoleillée à Buenos Aires, fument, boivent, mangent avec délectation et parlent d'elle.
    Elle n'appartient pas à son temps, elle est ordinaire, quelconque, a perdu le goût des saveurs partagées. Elle semble vivre de quelques gestes juste nécessaires.
    Elle s'éloigne d'elle-même.
    Elle est déposée à distance.

    Elle est silhouette reflétée dans la brillance des carreaux.
    Des linges suspendus dans la chaleur des vents absorbent les ombres ou les portent en agitation grisées sur les façades. Deux robes: une blanche comme jour, une noire comme nuit, en légèreté jusqu'à la transparence parfois, pendent en devant de la fenêtre.
     

    Succédanés d'un corps.
    Elle se dépouille,
    Elle se dessaisit d'elle même,
    jusqu'à l'apparition d'un dos qui recroqueville tête et pied, s'étire en nudité dans la palpitation d'un rectangle lumineux, d'une moitié de nu assis sur le lit cadré d'une porte bleutée qui éloigne, de l'abandon des amants dans le sommeil.

    Elle se montre,
    le visage immobile fait face jusqu'à la seule affirmation d'un oeil qui ne cille pas.
    Avant il y aura eu le sommeil. L'être aimé dont elle s'approche au plus près est oreille.
    Elle se concentre en une seule possibilité,
    elle se restreint au voir.

    Près de la fenêtre, dans l'ombre de la chambre, ou face à la clarté de la fenêtre ou au mur sombre, souvent de dos, elle attend, immobile.
    Elle arrête le temps.

    Elles s'amusent du tango les nuits d'été près de la Seine. Il y a aussi tout ce qui de cette époque là a disparu.
    Reste le souvenir

    Elle s'insère dans la danse fluide et langoureuse des couples.
    Elle se glisse au plus près des corps, comme une ombre.
    Effacée
    elle se fond dans le rythme du monde.

    Entre Paris et Buenos Aires,
    des images accumulées, un texte écrit.
    Des matériaux entassés, conservés 

    Longtemps après elle monte
    texte et images pour un film.
    Effacée/ Borrar

    prendre le temps
    trouver le rythme
    persister.

     Claire Paries

     

     

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école, de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

    Voilà les réponses qui m'ont été faites. Merci aux enseignants et aux enfants.

     

    Expo 23 Torres Feillou

    À la manière d'Agnès Torres, extraits, dessins au feutre, Classe de CM2 d'Hector Ducamp. 

    Expo 23 Torres Feillou

    S'effacer en partie. Extraits, dessin sur calque et photographieClasse de CM2 d'Hector Ducamp.

    Expo 23 Torres Feillou

     Nos gestes sans fin, extraits, dessins au feutre, Classe de CP, de Paul Jean Toulet

    Expo 23 Torres Feillou

    Nos gestes sans fin de 4 façons, extrait. Dessins au feutre, empreinte de petits objets, couture, trou. Moyenne section et Grande section.

     

    Anna Feillou a créé La jeune fille dans la nuit rouge. plan fixe, élément tiré de son film Effacée/Borrar. Les enfants d’une classe de CM1 se sont demandés : Que fait la dame, au 1222 de la grande rue rouge ? Ils ont écrit plusieurs réponses, en voici quelque unes.

    Expo 23 Torres Feillou

     

    Classe de CM1 de l'école P.J. Toulet

     

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