• Expo 21 Boulain Diener

     

    Éric Boulain, Christel Diener, Réflexions

    Expo 21 Boulain Diener

     

    L'invité et son invitée

    J’ai invité Éric Boulain qui a invité Christel Diener. Ces deux artistes qui exposent pour la première fois ensemble, proposent à la chapelle Saint Loup des temps de réflexions. Comme des échos intenses du monde contemplé,  comme autant d’actes de la pensée qui revient sur elle-même, un retour qui se forme pour nous le faire percevoir.

    Expo 21 Boulain Diener

     

     

     

    Expo 21 Boulain Diener  Expo 21 Boulain Diener  Expo 21 Boulain Diener 

    Vues partielles de l'exposition (clic pour agrandir)

     

    Éric Boulain

    Éric boulain est né en 1964. Formé à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, il s’intéressera ensuite autant à la musique qu’aux arts-plastiques. Il vit et travaille en Charente. Il a enseigné l'expression plastique pendant des années dans différentes écoles, dernièrement à Créasud (école de design) où il y menait des workshop et des ateliers de dessin créatif. 

     Il se dit peintre du paysage, paysages marins ou urbains au départ. Il affectionne actuellement les promenades dans les jardins, campagnes ou forêts. Il en ramène le matériau de ses explorations artistiques qu’il concentre en quelques vues resserrées sur les reflets dans des plans d’eau ou les jeux de lumière dans les frondaisons. Dessins au fusain, au stylo bille, gravures, ou photographies en couleur portent à l’extrême les réflexions lumineuses en contraste ou en superpositions colorées étranges et douces qui déplacent les motifs rencontrés vers une «abstraction» souhaitée.

    Voir le site d'Éric Boulain

        

    Expo 21 Boulain Diener

    Vues de l'atelier d'Éric Boulain 

     

    Expo 21 Boulain Diener

    Fusain sur papier 80 cm x 120 cm et gravure 20 cm x 20 cm.

    Depuis longtemps le paysage, urbain ou maritime, jardin public ou forêt maintenant, est le lieu d'investigation privilégié d'Eric Boulain.

    Son regard ne retient aucun aspect général mais va en quête de moments particuliers. Il approche au plus près des arbres, jusqu'à en perdre la verticalité ou au plus près des pièces d'eau jusqu'à en perdre toute étendue. Ici il découvre d'étonnants plans colorés, là il extrait l'architecture des branches, feuillages, herbes ou racines grâce à des contre-jours à la limite d'un aveuglement partiel, qui autoriseront de se dégager des nuances colorées présentes.

    Le cadrage limite le prétexte retenu par les photographies lors de ses promenades, le redécoupe, ou parfois en recompose plusieurs ensemble. Il s'agit de s'éloigner du naturel, de l'intensifier.

    Les noirs et blancs travaillés au fusain, stylo à bille ou par la gravure fouilleront ce qui conjugue la fermeté d'un dessin structurant avec l'entre-deux des lumières, des ciels. Le regard au travail se tient à l'affût de l'ambigüité des traces. A l'écoute des suggestions du dessin, il les développe. Parfois quelques formes anthropomorphes apparaîssent à moins que ce ne soit comme des poutrelles métalliques qui traversent la feuille. L'ensemble est ainsi maintenu entre son origine et l'ambivalence d'autre chose qui s'y développe.

    Attaché à la recherche d'un motif existant comme base de son travail, Eric Boulain s'intéresse à ce qui en lui va favoriser le mouvement et le déplacement. Le mouvement est interne à l'oeuvre provoqué par un dessin dense, fouillé, lent jusqu'à la saturation des noirs au fusain qui en appelle à un temps long, réfléchi, muri. Les clairs sont formés dans le même temps par des griffures accidentelles, les débordements en gris frottés, les blancs réservés ou gommés. Les foncés et les clairs montent doucement et sensiblement ensemble jusqu'à une densité égale entre formes et fonds ici retenus ensemble en un plan vibratoire.

    Les déplacements vont être favorisés par une relance du grand au petit format et le passage du fusain à la linogravure. Celle-ci oblige par les découpes, le travail de la gouge sur le linoleum à une radicalisation formelle. Elle invite à la surprise par le passage sous la presse de la plaque où auront été réservés les noirs et creusés les blancs, inversant le travail habituel. Les motifs s'en trouvent ainsi comme extraits d'eux-mêmes, abstraits.

    Malgré les techniques choisies on peut avoir quelques difficultés à accorder le qualificatif de dessinateur à Eric Boulain. Il n'y a jamais dans ce qu'il nous montre un travail à la ligne ou au trait. Le stylo à bille noir, instrument graphique par excellence, qui s'accompagne parfois de plages aquarellées, est lui aussi tellement revenu sur lui même dans des noirs différenciés, qu'il rend présente une couleur tangible. Les palpitations poudreuses des fusains, les aplats des gravures, les formes en tracés incisifs du stylo, sont autant de déclinaisons de noirs que l'on peut dire picturaux.

    Quant aux couleurs, matières et reflets captés avec délicatesse par les photographies, ils révèlent une étonnante matérialité enregistrée par le seul fait de la prise de vue. Des blancs mousseux viennent se poser sur les verts assombris des feuillages découpés, sur des bleutés entre eau et ciel reflétés où s'inscrivent quelques détails plus graphiques, comme absorbés dans les fonds où surnageant en dessus. Le tissage des dessous et des dessus enchevêtrés viennent accomplir comme une peinture que produit automatiquement la machine, simple instrument du regard.

    Eric Boulain se cantonne à quelques aspects de nature comme s'il fallait réduire le monde à quelques points pour mieux l'approprier à l'art. Il en extrait quelques prises pour les fortifier, les cultiver à l'atelier en restreignant la couleur à sa seule luminosité, en se limitant à des techniques simples du dessin ou de la gravure. Il explore les répétitions différées en des medium différents. Le prétexte choisi s'éloigne du "naturel", se concentre pour mieux se déraciner, se muer en artefact.

    Claire Paries

     

      

    Christel Diener

    Christel Diener est née en 1967, elle vit et travaille actuellement en Charente. Après des études de psychologie elle se tourne assez vite vers la peinture, depuis plus de vingt ans maintenant. Autodidacte, elle se dit sous l’influence de Rothko, Staël, Basquiat, Michaux, Tàpies et bien d’autres encore. Elle commence à montrer son travail depuis quelques années.

    Christel Diener de son côté, a adopté un travail d’atelier où s’accumulent grands carnets emplis sans ordre, toiles débutées en petits et moyens formats, papiers annotés, sur les tables et les murs. L’atelier est le lieu de « lâcher prise » où s’ensuit réflexions et concentration de l’artiste, le lieu de gestation de l’oeuvre qui s’engendre peu à peu, se nourissant d’elle même de rebonds en bonds, de déplacements et répétitions. Oeuvre picturale qui affectionne les formats carrés, les formes abstraites entre neutralité des gris colorés et contrepoints vivaces, desquels peuvent advenir quelques figures parfois animales ou humaines, quelques arbres, remontant peu à peu de l’activité picturale même. 

    Voir le site de Christel Diener

     

    Expo 21 Boulain Diener

    Vues de l'atelier de Christel Diener

    Expo 21 Boulain Diener

    Tableaux , techniques mixtes sur toile, 20 cm x 20 cm et techniques mixtes sur bois,  

     

     

    Christel Diener peint dans l'évidence de ce qui un beau jour s'est invité : ça pouvait avoir lieu. Aucune convenance ne pouvait alors s'imposer si ce n'est de faire confiance à ses propres hypothèses.

    On franchit le seuil de l'atelier avec précaution en sachant qu'on force un peu les choses alors même que l'accueil est chaleureux. Le lieu de travail n'est pas un lieu qui permet de montrer l'oeuvre: la naissance de la peinture doit être tenue par devers soi. L'atelier est le lieu de la réflexion, des essais, des réalisations. Il s'offre brut comme le lieu d'un travail intime. Des toiles de petits formats carrés mises à plat sur des tables comme commencées toutes en même temps, d'autres au sol prenant appui sur des bouts de mur ou sur les tréteaux, des planches de bois, une casserole ou un pot avec des pinceaux abandonnés, des poudres de couleur et des liants, des chiffons, de grands carnets, des papiers et des toiles accrochés aux murs, des crayons de couleur entassés dans leurs boites, des piles de vieux livres.

    Les grands carnets d'essais s'avèrent être au départ des livres de comptes, ou des écrits administratifs; des objets qui ont été utilisés et qui servent de support. On saute des pages vides, on apprend que telle recherche qui est après a été produite avant et il faut bien se rendre à l'évidence que le temps est un facteur négligeable. D'autres supports usagés, vieux cartons, morceaux de bois ou papiers serviront de dessous, première couche pour des peintures.

    Tout s'élabore ici en interrogeant ce qui a précédé, ce qui est là, ce qu'il peut advenir et commence par une projection instinctive sur la toile de formes colorées qui seront à apprivoiser. Pour cela commencer partout à la fois dans plusieurs toiles d'un même format des motifs similaires en des répartitions différentes et parfois faire confiance à certains qui tentent l'échappée mais qu'il faudra peut être attendre.

    Les formes sont à la limite d'une géométrie. Presque carrées, presque circulaires, presque ovales elles gardent en elles quelque chose de plutôt organique. Des formes abstraites réparties souvent sur des formats carrés, de ceux qui déroutent le bon sens: celui dans lequel on peut regarder.

    La couleur est mate et dense, une matière parfois un peu grumeleuse qui laisse voir quelques reprises, des ajustements. Des lignes au crayon de couleur viennent en dessus tracer autrement ou aviver les gris colorés ou affirmer quelque chose qui vient d'apparaître. La concentration de l'artiste est à l'écoute de ce qui se forme d'inattendu sous le pinceau. Et dans cette abstraction voulue au départ elle consent à des têtes ou corps qui émergent, humains ou animaux et autorise le regard à s'y projeter. Parfois il y a comme du paysage. Et les relations à l'oeuvre dans le monde s'invitent en ces figures solitaires, ces foules de minces figures accolées et serrées, à moins qu'il n'y ait du couple là dedans ou tout à coup un chien qui veille.

    Et puis il y a cet arbre, toujours le même, solitaire sur sa colline, seule figure tolérée et répétée depuis longtemps comme une évidence. 

    D'autres peintures dans des formats rectangulaires assez grands sont constituées de points clairs répétés à intervalles réguliers envahissant toute la surface. Souvent ils sont comme un "rideau"masquant en partie une oeuvre qui aurait préexisté. Il sont conçus par Christel Diener comme des "graines"attachées à la surface envisagée alors comme un sol. Ça pourrait germer, pousser; la peinture est bel et bien vivante. Et c'est sans doute cette sensibilité là qui nous attache malgré l'énigme des figures qu'aucun titre ne viendra éclairer. Parfois un "Aïe"qui semble vouloir trahir une blessure ou un accident non dissimulé ou un "D'où" qui insiste sur l'entre deux de deux formes à moins qu'un "Vers le haut" veuille bien imprimer une direction. Mais la plupart du temps seuls des numéros annoncent chaque tableau.

    La peinture de Christel Diener cependant nous gagne par ce suspens voulu qui nous tient en haleine, invités à nous perdre grâce à la force de nos seules rêveries happées par ce "quelque chose" à la peau délicate en teintes douces qui affleure à la surface.

    Claire Paries

     

    J'ai proposé aux classes qui le souhaitaient une visite de l'exposition suivie d'un atelier dans le jardin de la chapelle. Fusain/mie de pain/ papier pour petites installations in situ, collectives et éphémères.

     

    Expo 21 Boulain Diener

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