• Expo 19 Pichou Babin

    Dominique Pichou, Cyril Babin, Les scénographes

    Expo 19 Pichou Babin

     

     

    L’invité et son invité

    J’ai invité Dominique Pichou qui à invité Cyril Babin. Cette double d’invitation qui est proposée à la chapelle Saint-Loup, permet de réunir autrement ces deux artistes qui ont par ailleurs à maintes reprises collaboré autour de leur métier de scénographe. L’exposition Les scénographes nous fait découvrir la transition entre les différentes formes qu’ils empruntent respectivement et la simultanéité de leurs différentes pratiques de peinture, de dessin et de sculpture. 

     Dominique Pichou est né en 1951, il vit et travaille à Bordeaux depuis 1989 et a créé de nombreux décors et costumes pour la scène.

    Après des études d’architecture (diplôme dplg /1978) et un détour par la sculpture (cap de taille de pierre /1975), il débute sa carrière au théâtre. Il collabore avec plusieurs compagnies indépendantes, des Centres Dramatiques ou des Théâtres Nationaux. Par la suite, il découvre l’opéra et le théâtre musical. Il travaille alors pour de nombreuses maisons lyriques en France  et à l’étranger. 

    Parallèlement, par son travail de plasticien il aborde d’autres domaines : la peinture où il aime tout particulièrement les très grands formats (plafond du théâtre Molière à Bordeaux), l’affiche (plusieurs saisons pour l’Opéra de Lausanne), la mode (création de vitrines pour les magasins Hermès), et la décoration intérieure…

    Il a également scénographié un grand nombre d’événements.

    Voir le site de Dominique Pichou

     

     Cyril Babin est né en 1970, il vit à Bordeaux, où il a fait ses études d’arts plastiques à l’Université Michel de Montaigne.

    Il débute comme assistant de Dominique Pichou, pour les décors de plusieurs opéras à Liège, Marseille, et Metz. Il collabore aussi avec lui pour la conception des vitrines des magasins Hermès de Suisse. II travaille comme scénographe pour le chorégraphe Sergio Simón à l’opéra de Limoges, et depuis 12 ans, pour le metteur en scène Jürgen Genuit de la Cie Théâtr’Action de Bordeaux.

    Parallèlement, il poursuit un travail de peintre plasticien et graphiste, réalise des clips vidéos, affiches et pochettes de disques. Depuis 6 ans, il se passionne pour la photographie, multiplie les voyages (Asie, Afrique, Europe) et participe en tant que directeur de la photographie à plusieurs court métrages.

      

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                               Vues de l'exposition les scénographes

     

    Dominique Pichou

    Quelque chose va survenir, l’artiste l’annonce dans un espace circonscrit par des architectures immuables ou encore enserré de panneaux qui tranchent un ciel ou définissent une scène. La poésie du répertoire architectural de Dominique Pichou s’inspire autant des temples grecs que de la renaissance italienne dans ses notions de symétrie, de proportion et de régularité. L’artiste s’inspire aussi de formes esthétiques épurées, faites de lignes et d’angles droits, de façades en verre, sans ornement, empruntées au Bauhaus. Le ciel presque toujours bleu d’un ailleurs méditerranéen produit des découpes contrastées sur les bâtiments où les blancs, où les ocres et les oxydes rouges aux ombres sourdes violacées se déploient sur les êtres.

    L’espace des tableaux et des sculptures de Dominique Pichou ressemble à des scènes théâtrales. Dans certaines de ses oeuvres on y trouve les éléments, les signes, l’annonce d’un drame déjà écrit qui atteindra son apogée. Dans d’autres tableaux, le décor est planté, les figures passent, elles se présentent à nous dans l’attente d’une histoire à raconter.

    Lorsqu’il s’intéresse aux récits mythologiques ou bibliques, Dominique Pichou s’amuse a créer des  glissements anachroniques comme pour questionner à nouveau le mythe et ce qu’il préfigure. D’autres fois il fusionne des saintetés de pacotilles et leur invente des attributs, des combats, des symboles.

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                     1/ Saint Ephremond le Massaliote, encre et gouache sur papier, 2/Annonciation dans le style italien, pierre noire sur papier, 3/ Dédale et Icare enfant, acrylique sur toile.

     

    Dominique Pichou

    Souvent un ciel bleu d’une intensité factice surmonte un sol qui n’accepte aucun accident, plat, une étendue parfois minérale ou comme de sable, rarement d’herbe. Entre les deux, fréquemment, une étroite bande d’eau. Entre sol et ciel interfère l’architecture qui fait fond de scène. Devant l’écran ainsi formé, se joue au premier plan la scène où les personnages posent. Comme noyés dans l’ensemble parfois d’autres accompagnent par leurs minuscules présences à moins qu’ils ne soient très éloignés dans leurs allées et venues.

    Le principe reconduit en de nombreuses variations révèle l’attachement de Dominique Pichou à la tradition de la peinture occidentale initiée par les primitifs italiens du 15° siècle. La peinture tient alors d’une mise en scène dans un cadre architectural prégnant qui offre son décor. Comme en cette lointaine époque, il imite d’ailleurs souvent l’antique, parce que les thèmes plongent très souvent dans des racines mythologiques, à moins que le peintre ne se raccroche à une vie des saints apparemment plus catholique qu’il ordonne par l’orthogonalité d’architectures modernistes de l’entre-deux guerre.

    Les gestes simples mais ostentatoires des personnages tiennent d’un mouvement comme arrêté, comme taillé dans la pierre, sculptural. L’ensemble est toujours comme tiré au cordeau par une ligne claire qui domine le dessin précis, porté par une couleur d’un plein jour ensoleillé qui étire ses seules ombres au sol. La lumière factice permet la révélation pleine et entière de ce qui se montre, réminiscences de récits lointains. Une nostalgie, tempérée d’humour, dans les thèmes, les compositions statiques, envahit tout et aussi la couleur mate, discrète, lisse qui laisse toute sa place à un dessin qui privilégie la description en des formes pures, dans la lignée des fresques d’un quattrocento italien revisité par certains artistes des années 1920-1930.

    Les architectures ont une présence plus importante que l’humain comme si ce qui est construction, pouvant prétendre à une certaine constance dans le temps, devait l’emporter sur l’expression du sentiment, plus fugace, plus attaché à une temporalité. Le temps semble s’être figé en un ailleurs perdu dont le peintre tente de réinventer une actualité. Peindre la représentation d’un monde en redressant les ruines d’un passé qui a ancré la civilisation occidentale, les mêler à des formes architecturales plus contemporaines, en moderniser les thèmes, telle semble être l’utopie de Dominique Pichou, scénographe de profession.

    L’Acropole massif en ses formes ocrées, surmonté d’un pilône électrique semble embarqué en un vaisseau de pierre surmonté d’une tour médiévale alors que, sur un côté, se fait discrète une pyramide de verre. C’est en scooter qu’arrive l’Ange de l’Annonciation vers une Marie nue sur une scène théâtralisée, alors que la présence d’un haut parleur de rue pourrait rendre public ce qui a été tout à fait intime dans le texte biblique.

    Peintre-architecte-urbaniste de « mondes » réinventés, ressurgis du passé par l’invention picturale, Dominique Pichou est un habitué des maquettes pour la création de mise en scènes et décor de théâtres. L’invention de nouveaux espaces en dehors de tout texte, et en trois dimensions est alors venue assez naturellement.

    Des boîtes toutes en hauteur, fermées sur elles mêmes, hormis un opercule auquel se suspend l’œil, font accéder à un espace qui se démultiplie à l’infini. Espace piégeant parce que forçant un mouvement qui ne fera que revenir au même, tentera de repartir autrement dans l’exploration jusqu’à ce que l’enfermement gagne. La vision est plongée dans des formes labyrinthiques poétisées en différentes constructions qui exercent un véritable pouvoir de fascination.

    Œuvre de l’architecte Dédale, le labyrinthe a été si parfaitement construit que son auteur enfermé à l’intérieur, s’égarera ne retrouvant jamais ni sortie ni entrée et n’aura de solution que l’envol vers un ailleurs.

    Il y a là comme le rêve difficile, à la limite du cauchemar, d’un artiste qui pourrait être celui de Dominique Pichou, explorant dans la variété de ses œuvres la réalisation concrétisée en objets de regard, d’un univers fictionnel qui transcende l’époque.

    Claire Paries

     

     Cyril Babin

    Dans l’univers de Cyril Babin, ce sont ses propres mythologies qui entrent en jeu. Elles trouvent leurs sources dans l’histoire de l’art mais il les biaise et les passe au tamis du quotidien, pour enfin créer un panthéon intime, humain.

    Dans la série des rêveurs pétrifiés, les visages aux yeux fermés ou bien à demi-clos, aux bouches souvent ouvertes d’un souffle encore présent, se teintent de roses grisés, de bleus d’un ciel d’orage. L’artiste fige sur le papier par la légèreté de l’aquarelle, une condition humaine fragile, entre éveil et sommeil. Dans une autre série, nous sommes piégés par l’effroi de regards médusés. Le cadrage de ces autres visages, réalisés en gestes vifs d’une peinture aux nuances verdâtres sous-tend les vides d’une ébauche dessinée.

    Cyril Babin est un virtuose protéiforme qui cherche des paradoxes formels. Certain de ses dessins d’huitres, par exemple, montrent un chaos ordonné d’une gestuelle griffonnée de couleurs où l’énergie feint la maladresse. Alors que parallèlement il dessine ce même sujet à partir d’observations hallucinées qui montrent des détails quasi photographiques.  

    Cette multiplicité des propositions plastiques s’effectue à partir d’un mélange des styles, médiums et formats et s’expose sur les murs le plus souvent à la manière d’ex voto païens voire animistes. 

                            Expo 19 Pichou Babin Expo 19 Pichou Babin   Expo 19 Pichou Babin   Expo 19 Pichou Babin Expo 19 Pichou Babin

                              1/ et 2/ Sans titre, aquarelle sur papier, 3/  Sans titre, huile sur bois,4/ Sans titre, pastels gras et crayons de couleur sur papier, 5/ Sans titre, graphite sur papier.

     Cyril Babin

    Quelques dessins, tous de petites dimensions, des techniques et expressions opposées : les uns ont un rendu photographique, aux couleurs de chair discrètes, les autres à coups de pinceau marqués, dans les noirs bruns et verts jaunes virent à un expressionnisme violent. Seuls des visages : les premiers individualisé sont immobilisés en petites dimensions au centre de la réserve de papier blanc. Les deuxièmes répètent une même physionomie. Tronqués par le cadre, ils suggèrent un rapprochement en gros plan de visages saisis sur le vif. La rapidité apparente du geste de l’artiste entraine un non fini qui, habilement distribué, dramatise l’expression. Ils ont en partage des bouches ouvertes, des yeux clos, des mains devant un visage. Dans les premiers, sommeil ou rêve, retrait du monde, respiration difficile, cri muet, concentration? Pour les deuxièmes, hurlement, effroi, geste défensif, volonté de se cacher, s’écarter, fuir?

    A chaque fois la seule représentation des visages se perçoit pour les uns comme une solitude consentie volontaire ou pour les autres un isolement forcé alors que s’exercerait une violence extérieure à l’image.

    Dans l’isolement, l’absence voulue d’expressivité du premier ensemble, il y a comme un retrait, une extraction de la vie qui les excluent des catégories du portrait ou des têtes d’expression. Cyril Babin introduit en ces visages une sorte d’allégorie personnelle d’une humanité qu’il a choisie et transfigurée. Ils ne sont pas sans faire penser à des « masques mortuaires » vivants. Les bouches ouvertes, sourcils froncés, yeux fermés, figés en un réalisme photographique, alors même que la main de l’artiste s’y inscrit discrète, évoquent ces masques de cire qui issus de l’empreinte des défunts au 17° siècle en recueillait la dernière image pour le souvenir. L’art revient alors à une fonction première : inventer des objets de mémoire, de pensée, de réflexion. Les autres figures, encore dans le mouvement de la vie, semblent d’ores et déjà dans la défiance, la peur, sur le recul. Mises en relation avec les premières, elles résonnent comme un avant propos, un accompagnement ou un avertissement.

    Alors que les visages sont réduits, concentrés en de petits formats, le dessin d’un objet isolé lui aussi, celui de l’intérieur d’une huître, est amené à de grandes dimensions, amplifié de manière démesurée et donne lieu à des Version: versions qui habituellement dans l’histoire de l’art sont encore vécues comme totalement antagonistes. Un dessin outrepasse le terme de réalisme tant il est développé dans le moindre détail accru par l’échelle. Pour l’autre, un brouillage coloré hâtif invente l’expressivité formelle d’un mouvement interne bariolé et qui curieusement se plait à relever sans l’outrepasser dans ses emportements, la forme exacte de la première version. Les allées et venues dans la variété des transcriptions des choses observées semblent tenir ici de la nécessité.

    L’atelier de Cyril Babin retentit d’activités artistiques les plus diverses. Il y a un peu partout déposés des masques, des objets recueillis, des fleurs qui sèchent, des crânes, des objets ré assemblés ou sculptés en cire, qui agencés en relation avec les accrochages aux murs des dessins, des peintures, semblent organisés comme de petits autels de dévotion. Pour retrouver le monde habité, peuplé dans sa diversité, il faut se retourner vers la photographie qu’il pratique dans ses nombreux voyages. La fonction de l’image est alors de capter l’ailleurs dans sa surprise, sa beauté lumineuse.

    Cyril Babin abandonne à sa vanité l’idée d’un style reconnaissable attachée à son auteur. Son œuvre protéiforme, qui intègre aussi la musique et la scénographie, est susceptible de tous les déplacements, toutes les explorations formelles et techniques, brouillant les pistes d’une authentification possible. Les objets et leur mise en relation dans l’espace forment des ensembles qui forcent l’écart d’avec le quotidien de la vie dont la captation est laissée aux pouvoirs de l’image photographique. Ils ne sont pas sans évoquer ces ex-voto d’auteurs différents et souvent anonymes, objets intercesseurs ou de remerciement déposés dans les églises. Son appartement- atelier semble hanté de cultes païens personnels qui associent les figures des cultures les plus diversifiées, dont on imagine qu’ils suivent les vicissitudes de ses rencontres.

    Claire Paries

     

    J'ai proposé aux classes qui souhaitaient prolonger la visite de l'exposition par une production plastique réalisée à l'école, de mettre sur ce blog, sous forme d'échange, quelques productions.

    Voilà les réponses qui m'ont été faites. Merci aux enseignants et aux enfants.

     

    Expo 19 Pichou Babin

     Architectures pour personnages. Dessin, collage et crayon de couleur sur papier brun. Classe de CE1, école extérieure.